Ajaccio fidèle à l'Empereur 205 ans après sa mort
Au cœur des ruelles ajacciennes, le vent de l'histoire porte invariablement l'écho d'un nom qui a façonné l'Europe. Ce 5 mai, l'heure est au recueillement. À la Chapelle impériale, sanctuaire érigé sous le Second Empire selon les vœux du cardinal Fesch, le silence tranche avec le tumulte de l'épopée napoléonienne. C'est ici, sous cette coupole majestueuse, que reposent les figures tutélaires de la famille Bonaparte : Charles, le père, Letizia, "Madame Mère", et le cardinal Fesch lui-même.
Ce lieu symbolise à lui seul la dualité de la commémoration ajaccienne. À Ajaccio, on ne se contente pas de saluer le chef d'État, le législateur ou le génie militaire ; on honore avant tout le fils, le frère, l'enfant du pays. L'hommage prend ici la forme d'une mémoire intime, presque charnelle, qui s'entremêle avec l'histoire nationale.
Les racines insulaires d'un conquérant
Si le jeune Napoléon a quitté son île dès l'âge de neuf ans pour le collège d'Autun puis l'école militaire de Brienne, il n'en a jamais effacé l'empreinte. Son caractère, fait d'opiniâtreté, d'un sens aigu de l'honneur et d'un attachement viscéral à la cellule familiale, s'est forgé entre les murs de la bâtisse de la rue Saint-Charles. Né sur cette terre, il n'a jamais cessé d'y puiser une part de sa force et de sa résilience face à l'adversité.
C'est d'ailleurs en Corse qu'il fait ses premières armes politiques sous la Révolution, cherchant d'abord à inscrire l'avenir de l'île dans celui de la République. La violente rupture avec les partisans de Pascal Paoli et la fuite précipitée de la famille Bonaparte vers le continent en 1793 constitueront une blessure profonde, mais aussi le point de départ d'une ascension fulgurante. L'exilé d'Aiacciu allait bientôt tenir les rênes du continent.
Une ville façonnée par la légende
Aujourd'hui, 205 ans après son dernier souffle dans la rudesse du climat de Sainte-Hélène, Aiacciu vit toujours au rythme de la légende. La ville entière semble conçue comme un écrin pour son plus célèbre enfant. De la monumentale statue équestre de la place du Casone (ou place d'Austerlitz), adossée à la grotte où l'enfant Bonaparte se serait réfugié pour rêver, à la place du Diamant où il chevauche en empereur romain entouré de ses quatre frères, l'Aigle est omniprésent.
La cité a su transformer cette empreinte indélébile en un puissant moteur identitaire. Gardienne d'une mémoire vivante, elle ne se fige pas dans la nostalgie. Les commémorations du 5 mai, souvent marquées par des messes solennelles et des dépôts de gerbes, rappellent que le lien qui unit Aiacciu à Napoléon dépasse le cadre strict du tourisme ou du patrimoine.
En ce jour de recueillement, Aiacciu démontre une nouvelle fois sa ferveur. Entre le respect dû aux ancêtres et la fierté d'avoir offert à l'Histoire l'une de ses figures les plus majeures, la cité impériale se souvient. Avec la fidélité de ceux qui n'oublient jamais d'où ils viennent.