Patrimoine : la Corse acquiert le précieux manuscrit de la Giustificazione
Lundi 20 avril 2026 , le Palazzu a été le théâtre d'un événement d'une rare intensité symbolique pour la mémoire insulaire. Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif, Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, et Anne-Laure Santucci, conseillère exécutive en charge de la culture, ont dévoilé le manuscrit original de la seconde partie de la Giustificazione della rivoluzione di Corsica. Cette pièce maîtresse, rédigée par Don Gregorio Salvini, a été acquise par la Collectivité de Corse pour un montant de 180 000 euros.
En présence de Madame Bacchini née Salvini , descendante directe de l'auteur qui a pieusement conservé ce trésor familial, la présidente de l'Assemblée a salué un « acte politique fort ». « La Ghjustificazione… C’est le verbe au service de la lutte ! » a-t-elle rappelé avec émotion.
Un document exceptionnel
Le manuscrit, soustrait aux aléas de la dispersion , se trouve dans un état de conservation remarquable. Il se compose de cent quatre feuillets de format in-quarto (31,5 x 22 cm). Sur un beau papier orné d'un grand filigrane à fleur de lys couronnée , l'écriture régulière en italien occupe la moitié droite des pages recto-verso, laissant une très large marge. Les ratures, corrections et petits ajouts interlinéaires témoignent de l'ultime relecture minutieuse de l'auteur. Il s'agit en effet du définitif « bon à tirer » préparé avant le tout premier travail du typographe pour l'édition de 1758.
Un plaidoyer retentissant à travers l'Europe
Véritable acte fondateur , le texte justifie historiquement, moralement et juridiquement le soulèvement du peuple corse contre la République de Gênes. Salvini y dénonce avec rigueur l'oppression et les violations constantes des traités – comme les Regolamenti de 1733 et 1738 ou les Concessions Giustiniani de 1744 – par les autorités génoises.
Lors de sa publication, l'ouvrage eut l'effet d'un coup de tonnerre dans le paysage politique, pour reprendre les mots de Pasquale Paoli. Son influence fut immense : traduit en français dès 1760 , il fut lu dans toutes les cours européennes et accompagnait même les nuits du duc de Choiseul, ministre de Louis XV. Son héritage irrigue encore le présent : c'est sur ce texte matriciel que les élus nationalistes ont prêté serment le 17 décembre 2015, marquant la continuité de la revendication insulaire.