Vendredi 22 mai 2026

Décès de Pierre Oberti : L’engagement d’un homme de science, de culture et de la Corse

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Pierre Oberti
Ancien maire passionné, professeur agrégé de physique et défenseur infatigable de l’identité corse, Pierre Oberti s’est éteint mardi après-midi à l’âge de 92 ans. Portrait d'un homme pluriel dont le parcours a marqué tant les bancs de l'Université de Corti que l'action publique locale.

C'est une figure indissociable de la vie universitaire et municipale qui vient de nous quitter. Pierre Oberti s’est éteint ce mardi après-midi à l’hôpital de Marignane, entouré de l’affection des siens. Né à Marseille en 1933 au sein d'une famille de la diaspora, il n’aura eu de cesse, tout au long de sa riche existence, de conjuguer l'exigence de la transmission scientifique avec un amour viscéral pour sa terre d'origine.

Du professorat marseillais à la renaissance cortenaise

Brillant élève installé dans sa jeunesse dans le quartier de Saint-Jérôme, Pierre Oberti choisit la voie des études supérieures au sortir de la guerre. Agrégé de physique, il débute sa carrière d'enseignant à l'Université Aix-Marseille (Saint-Charles). C’est sur le continent qu'il élève ses trois enfants — Michel, Jacques et Françoise — aux côtés de son épouse Geneviève, rencontrée dans leur prime jeunesse et dont il ne partagera pas moins de sept décennies d'un amour fusionnel.

Militant de gauche, engagé au Parti Socialiste pour « une université beaucoup plus démocratique », Pierre Oberti n'hésitait pas, dans les années 50-60, à faire les piquets de grève. Mais au début des années 1970, le décès de ses parents sonne l’heure du retour aux sources. Dès lors, il met toute son énergie au service d'un combat historique : l'ouverture de l'Université de Corse. Une fois le rideau levé à Corti, il demande immédiatement sa mutation. Visionnaire, il fut l'un des pionniers du transfert de technologie, convaincu que l'économie insulaire devait se développer par le prisme de l'excellence académique.

La fibre sociale alliée à la sensibilité autonomiste

Pierre Oberti incarnait une synthèse politique rare pour son époque. Socialiste de la première heure, il était profondément convaincu de la nécessité de servir un nationalisme et une autonomie pour la Corse. Pierre Oberti plaidait pour une voie novatrice, universaliste mais profondément ancrée.

Membre actif du Rotary Club, il aimait porter la voix de son île par-delà les frontières. 

Un bâtisseur pour sa commune

Son action s'est également ancrée dans le quotidien des territoires ruraux. Engagé localement, il franchit naturellement le pas de l'action municipale. D'abord adjoint, il prend ensuite la tête de la municipalité, enchaînant les mandats de maire avec la passion du bâtisseur jusqu'en 2014, date à laquelle Jean-Baptiste Moretti lui succéda.

Administrateur hors pair, il savait traquer la moindre subvention pour concrétiser les projets d'intérêt général. Cet amour du bien public, il l'a transmis à ses enfants. Une fierté partagée : son fils Jacques, fut maire de la commune d'Ayguesvives (Haute-Garonne) en même temps que son père, donnant lieu à de chaleureuses retrouvailles familiales lors du Congrès des Maires à Paris.

Son parcours municipal fut aussi marqué par des épreuves, à l'image de l'attentat criminel qui détruisit sa résidence. Un choc pour son épouse Geneviève et les siens, mais qui suscita une immense vague de solidarité, mobilisant jusqu'aux élus de Haute-Garonne venus soutenir un maire courageux qui préférait taire les menaces pour protéger son entourage.

Grand mélomane, pianiste et accordéoniste autodidacte à l'oreille absolue. Pierre Oberti était aussi un bibliophile passionné, rassemblant une collection rare d'ouvrages anciens sur la Corse. Il laisse derrière lui le souvenir d'un homme d'une culture exceptionnelle, d’une intégrité totale et d’un dévouement absolu à sa terre.

A son épouse Geneviève, ses enfants Michel, Jacques et Françoise (épouse Vilain), ses petits-enfants et toutes les personnes touchées par ce deuil, la rédaction de Téle Paese présente ses plus sincères condoléances.