Vendredi 24 avril 2020

DÉCONFINEMENT : Les hypocondriaques oseront-ils sortir le 11 mai ?

« Le déconfinement débutera le 11 mai ».
La fin du confinement approche et tout laisse à penser que la grande majorité de la population française s’en réjouit.
Mais qu’en est-il des personnes ayant une préoccupation excessive sur leur état de santé : les hypocondriaques ?

L’annonce de cette pandémie mi-mars a été un choc pour tous mais a résonné tout particulièrement dans l’esprit des hypocondriaques, qui ont vu leur pic de stress monter d’un cran, car le moindre pied posé en dehors de chez eux serait perçu comme un ultime danger.

Tout autour de nous nourri leurs peurs : les titres dans les journaux, les informations à la télé, … il est quasiment impossible de s’enlever le virus de la tête.

 

L’avis d’un hypocondriaque.

            Alexandre, 26 ans est hypocondriaque et est forcément très perturbé par la situation. Nous l’avons contacté car il est très présent sur les réseaux sociaux et partage très souvent des articles sur le coronavirus… et souvent de fausses informations.

Habitant à Nice, il a décidé d’aller passer le confinement chez ses parents dans l’arrière-pays, loin de la population pour se sentir en sécurité.

La crise sanitaire du virus Ebola, en 2014, l’avait déjà affecté. C’est à cette époque que sa crainte de tomber malade s’est éveillée.

            « J’ai la chance d’habiter avec mes parents qui sortent à ma place faire les courses et qui sont présents pour me rassurer » nous confie-t-il. Alexandre est en apparence comme tout le monde et tente de s’occuper comme il peut la journée en lisant ou en regardant Netflix, sauf qu’à l’intérieur de lui les mêmes pensées s’entrechoquent et tournent en boucle.

« On a plus de temps pour réfléchir, ce qui pour moi est très stressant, je ne pense qu’à ça ! J’en dors très mal et me dire qu’on sera tous dehors d’ici peu, m’angoisse encore plus ».

On sait que le retour à la vie d’avant sera lent, très lent… Mais Alexandre se prépare déjà :« Il nous faut absolument des stocks de gants et de masques FFP2 avant de penser à sortir… Je ne vous cache pas que rester encore quelques mois en confinement me rassurerait ! »

Selon lui, ce ne sera pas la dernière crise sanitaire de cette envergure que nous vivrons dans la prochaine décennie… parole d’hypocondriaque ou prophétie ?

 

L’avis d’une experte.

Marine Teyssou Mathieu psychologueMarine Teyssou Mathieu, psychologue à Cannes, spécialisée dans les traumatismes psychiques, la petite enfance et les manipulations mentales et psychologiques, répond à nos interrogations concernant cette maladie et les conséquences de ce virus sur les personnes atteintes.

 

Comment sait-on que l’on est un vrai « hypocondriaque » ? Existe-t-il des degrés de cettemaladie ?

On sait que l'on est hypocondriaque lorsque :

- Nos craintes d'être atteint d'une maladie grave persistent malgré les bilans médicaux (et bien que les résultats soient rassurants),

- Ces mêmes craintes s'inscrivent dans le temps (au moins 6 mois),

- Enfin, lorsque ces préoccupations prennent tellement d'importance dans notre vie que notre fonctionnement social en est altéré, notamment dans les domaines du travail ou des relations avec nos proches.

Il existe plusieurs degrés dans l'hypocondrie dans le sens où la personne qui en souffre peut développer des troubles qui viennent s'y ajouter, comme des manifestations somatiques ou anxieuses.

 

Recevez-vous plus de patients suite à la pandémie ?

Ma façon de travailler a changé depuis le début du confinement, et j'exerce à présent par téléconsultation. Par ce biais j'ai effectivement eu plus de demandes concernant des premiers rendez-vous et des nouveaux suivis.

 

Est-ce que l’épidémie a augmenté les cas de phobies ?

Les phobies sont des troubles anxieux, et il est vrai que le confinement et les contraintes qu'il fait peser sur les individus ont tendance à les aggraver ou à les rendre plus difficiles à gérer que d'ordinaire. Je pense notamment aux personnes phobiques des endroits clos ou sujettes aux attaques de panique.

Donc oui plus de phobies, mais aussi plus de stress, et de troubles anxieux en général.

De même, des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) peuvent également être générés par une crainte du virus ambiant et amener à des actions démesurées et fort handicapantes pour lutter contre la contamination.

 

Auriez-vous des astuces pour les personnes très stressées par la situation, et en particulier par la fin du confinement le 11 mai ? (Des exercices de respirations ?)

Mon premier conseil est de ne pas rester isolé dans sa souffrance : il faut en parler à des professionnels (psychologue ou médecin psychiatre) pour tenter d'apaiser, de rassurer et de mettre en place des outils adaptés à sa situation.

Eviter également l'autodiagnostic sur internet, source d'inquiétude et de désinformation.

Essayer d'avoir un rythme et une hygiène de vie réguliers,

Profiter de sa balade quotidienne pour respirer calmement : on compte 12 respirations par le nez (inspire / expire) en se concentrant sur son souffle et ses sensations.

 

Clarisse Mondielli