Vendredi 24 avril 2020

ÉCONOMIE : La Stratégie digitale des commerçants

Le confinement. Voilà quelque chose auquel on ne s’attendait pas du tout.
En quelques semaines, notre quotidien a été bousculé nous posant de réelles questions sur notre façon de fonctionner et surtout sur notre manière de consommer.

Si durant les premiers jours, nous avons pris du recul sur cette situation inédite qui rendait tout acte d’achat complètement secondaire - face à une maladie qui se moquait bien de savoir quelle était la marque de notre sweatshirt - ;

Les jours de quarantaine se sont accumulés et l’envie de retrousser les manches (de ce même sweatshirt) s’est montré de plus en plus fort !

C’est décidé : ensemble nous construirons un monde meilleur !

Une fois le moral retrouvé, quoi de plus significatif dans cet élan d’entrain, que de vouloir affronter cette crise économique qui s'abat sur nous ?

Nos métiers ont souffert et ce n’est pas les commerçants qui pourront dire le contraire, condamnés depuis le début à fermer leurs portes aux nez (aux masques) de leurs clients. 

S’ils ne savaient quand ils pourraient rouvrir, ils savent aujourd'hui qu'ils devront rouvrir « différemment ».

Au début, le rideau fermé est resté scellé. Puis, petit à petit toutes sortes d’astuces palliatives ont été mises en place comme le Drive « Commandez, nous vous livrons ! ».

Logiquement, les commerçants se sont mis à vendre en ligne, merveilleuse vitrine ouverte à tout le monde, tentant d’amener un petit peu de printemps à des gardes robes, très bien rangées durant ce confinement certes, mais vides de nouveautés vestimentaires.

Derrière un achat en un clic, qui pourrait nous mettre « du baume au cœur », c’est de la survie des commerçants dont il est question ici. 

Un espoir digital … mais qui fait toute la différence !

 

Rita Beveraggi fait partie de ces commerçants qui aiment recevoir dans sa boutique Dona Ferentes, située Rue Fesch à Ajaccio et qui se mobilisent pour la vie de leur commerce ... mais aussi celle de leur ville.

Et comme les deux étaient lourdement attaqués, elle a décidée de ne pas rester inactive et de sortir sa meilleure arme durant notre mise à l’écart sociale : un site E-Shop où elle pourrait présenter sa collection. 

Rita, pensez-vous que le confinement a changé notre manière de consommer irrémédiablement ?

C’est difficile à dire… Plus qu’irrémédiable, c’est peut-être l’aspect durable d’un possible changement qui m’intéresse, mais l’humain reste l’humain… Tout récemment, une information m’a particulièrement interpellé, elle concernait un embouteillage monstre et 3 heures d’une queue occasionnée par la réouverture d’un Mac Do… Dans le même temps, une prise de conscience collective semble s’affirmer. Bien sûr, c’est sans doute facile pour tous ceux qui, comme moi, ont la chance de faire partie des confinés privilégiés : non touchés par la maladie, dans une maison avec une famille aimante… Dans cette épreuve, j'ai, comme les autres, ré-apprivoisé la notion de temps, redécouvert le plaisir de cuisiner de bons produits livrés par des producteurs locaux extrêmement réactifs, passé du temps avec ma fille, retrouvé l’esprit de solidarité et des personnes formidables qui spontanément, se sont mises au service des autres… L’humanité dans ce qu’elle a de meilleur.

Le bouleversement que le Covid-19 a imposé à la quasi-totalité de la planète, arrive à un moment clé de notre histoire en démontrant clairement toutes les failles de notre système économique. En incurable optimiste, je veux croire que toute cette humanité que nous avons retrouvée nous conduira demain à privilégier plus de proximité, plus de responsabilité, plus de qualité, moins de pesticides, moins de profits XXL… pour une consommation régulée et respectueuse de notre environnement. La valorisation des petits producteurs, des artisans versus l’industrialisation globale...

Vous avez fait le choix de vous servir d’atouts virtuels comme les réseaux sociaux ou un site en ligne. Pourquoi et comment cela s’est-il passé ?

L’importance d’une bonne visibilité sur la toile, c’est une évidence. Ma première expérience de boutique en ligne n’avait pas été concluante, il est très difficile, avec de petits moyens, de rentabiliser un e-shop. J’avais donc fait le choix de ne conserver qu’un site vitrine tout en affirmant plus fortement la présence de la boutique sur les réseaux sociaux.

Avec le confinement, ces outils ont finalement pris tout leur sens. Privés du présentiel, il nous fallait développer le digital.

Notre challenge avec ma Webmaster, Tamara Syrovatsky, que je remercie pour son soutien sans faille, a été de réactiver le e-shop dans les meilleurs délais. Mes fournisseurs ont accepté que nous utilisions un certain nombre de leurs visuels, j’ai moi-même pris des photos de ma collection, proposé à mes clientes des rendez-vous téléphoniques pour mieux les conseiller sur leur e-shopping, nous avons créé une « Queen Card » pour leur permettre de continuer à offrir des cadeaux… Bref, de manière très artisanale, nous avons relevé le défi et nous avons été heureuses de l’accueil qui a été réservé à notre petite boutique en ligne. Nous souhaitions « mettre des paillettes » dans leurs vies et nos clientes, confinées, les ont appréciées. J’ai vraiment été touchée par leurs nombreuses réactions et leurs témoignages d’amitié. Mon métier c’est ça…

Rita et Tamara

Comment appréhendez-vous l’après confinement ?

Honnêtement, bien malin qui peut dire quand et comment nous retrouverons la liberté totale de nos mouvements. Pour le moment, la sortie de confinement reste très floue et il me semble illusoire de se projeter avec précision. L’Après devrait s’étaler sur plusieurs mois et face à l’inconnu, nous nous adapterons et nous apprendrons à vivre avec ce virus.

Économiquement, qui survivra à cette crise ? Je ne sais pas… Je redoute un tsunami, il devrait être intense, difficile d’en imaginer l’ampleur et personne ne sera épargné. Pour nos petites boutiques de centre-ville, ce sera très dur de tenir le choc et de maintenir nos emplois. Nous aurons vraiment besoin que les consommateurs, les consommatrices privilégient l’achat de proximité.

A ce stade de mes réflexions entre la peur et les doutes, même si la boutique en ligne me semble essentielle, rien ne peut remplacer, à mes yeux, une boutique physique, c’est ce pourquoi je me bats depuis bientôt 40 ans… Alors, j’imagine, pour les premières semaines, recevoir mes clientes sur rendez-vous après une pré-sélection que nous aurions faite ensemble via le e-shop… J’ai d’ores et déjà réfléchis à toutes les mesures sanitaires qui permettront à mes clientes et amies de retrouver le plaisir du shopping en toute sécurité. Et quitte à être en sécurité avec un masque, autant l’être joliment, il me semble donc important de penser le masque comme un accessoire de mode. Pour ça, je fais confiance à mes ami(e)s créatrices et créateurs Corse. Je rêve d’un après-confinement comme d’un après-guerre : simplement heureux d’être vivants…

Pour finir, j’ai aimé cette phrase de Jean Jaurès : « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir ».

Comment passe-t-on d’une boutique physique à un E-Shop ?

Tamara, est-ce que vous observez que le comportement de vos clients commerçants, qui vous consultent pour établir leur communication, a changé ?

Très clairement. Il y a encore 4 ans, sur l’île, les E-Shop n’étaient pas à l’ordre du jour. Ici, nous préférons rendre visite à nos commerçants, nous chérissons le lien entre eux & nous … faire les boutiques est véritablement un rendez-vous !

Évidemment, ces dernières semaines ont tout remis en question : nous luttons contre ce virus en restant chez nous. Et en même temps que nous verrouillons notre porte d’entrée pour une durée indéterminée, beaucoup de commerces ont dû fermer boutique et il a fallu trouver des solutions pour continuer de vendre, continuer d’exister en tant que commerçant.

La réponse était forcément digitale ! J’ai été sollicitée par plusieurs magasins qui souhaitaient proposer leur marchandise sur un site dédié. C’est un changement de comportement brutal et dans l’urgence certes mais qui s’inscrit dans une véritable envie d’exister sur les réseaux sociaux et de s’ouvrir à une nouvelle méthode de commercialisation.

Le but d’avoir un site marchant pour les commerçants est évidemment d’écouler leurs stocks, pour « sauvez les meubles » mais c’est également pour préparer « l’après », car les professionnels craignent les conditions d’accès à leurs magasins quand nous serons déconfinés.
La vente à distance permettra de minimiser les déplacements donc prendre un minimum de risques, ce qui n’est pas négligeable durant cette phase assez floue qui arrive.

La mise en place d’un E-Shop comme la mise en place d’une stratégie pour booster les réseaux sociaux est indispensable aujourd’hui mais joue également beaucoup sur le moral des commerçants qui retrouvent l’envie de partager, ce qui les anime.

D’ailleurs nous constatons que durant le confinement, la vente en ligne a explosé, donc il y a toujours de la demande ! Le plus qu’ont nos commerçants de proximité c’est que contrairement aux multinationales, eux, nous les connaissons et nous leur faisons entièrement confiance. Nous aurons en plus, un véritable conseil personnalisé. 

 

Est-ce que monter un Site E-Shop prend du temps ?

Un certain temps oui … On ne va pas se le cacher, faire les choses bien, ça prend du temps. Mais promis, ce temps passe vite ! Car il y a beaucoup à faire et donc beaucoup à créer. C’est très motivant généralement pour mes clients de dialoguer ensemble pour créer leur logo, leur image de marque, leurs prises de vues, … puis leur site … leurs réseaux... On retranscrit véritablement l’ambiance de leur magasin dans un outil efficace. A la fin, ils auront 100% la main dessus, car on s'assure qu'en même temps que la création nous les formons à l’outil digital.

 

Est-ce que ça coûte cher ?

Je dirais que c’est un investissement qui est rentable sur le long terme. Cela a un coût, mais si c’est bien fait il saura vous apporter des profits. Le budget s’adapte au client, le devis se fait sur mesure en fonction du nombre d’articles ou de l'effet global voulu. Aujourd’hui nous avons à disposition des outils merveilleux comme : Monter sa boutique sur Facebook Market, présenter ses produits sur Instagram, ... tout ça liés directement au site marchant. On peut cibler un public très large et activer la vente par de multiples canaux.  

 

Est-ce que pour les marques, la manière de communiquer va-t-elle changer ?

La manière de communiquer va changer, c’est certain. Nous allons intensifier l’écoute des consommateurs, savoir où ils en sont, ce qu’ils pensent et répondre à leur attentes.

On va se mettre à la place des familles qui auront traversé cette crise, nous allons évidemment prendre en compte le contexte qui est plus difficile. Le consommateur voudra surement consommer moins mais consommer mieux en se rapprochant des circuits courts, du Made in France ou du Made in Europe.

Et puis, après ce dur moment, nous allons avoir envie de légèreté … et envie de rêver !

 

Tamara Syrovatsky site

 

E-shop Dona ferentes Ajaccio