Lundi 20 juillet 2020

En Balagne aussi, des voix s’élèvent contre les violences sexistes et sexuelles

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En Balagne aussi, des voix s’élèvent contre les violences sexistes et sexuelles
Hier, dimanche 19 juillet, une centaine de personnes a défilé dans les rues de Calvi pour protester contre les violences sexistes et sexuelles. À l’appel du collectif Donne in Lotta, récemment créé dans la cité balanine, les manifestants se sont réunis à 18h devant les grilles de la sous-préfecture.
Hier, dimanche 19 juillet, une centaine de personnes a défilé dans les rues de Calvi pour protester contre les violences sexistes et sexuelles. À l’appel du collectif Donne in Lotta, récemment créé dans la cité balanine, les manifestants se sont réu-nis à 18h devant les grilles de la sous-préfecture.

Ce rassemblement marque la naissance du collectif Donne in Lotta, qui se place dans le sillon du mouvement de libération de la parole des victimes dans l’île, relayé par le hashtag #IWasCorsica. D’abord porté par le mouvement I Was, constitué en collectif, la création de Donne in Lotta symbolise un passage de relais à un échelon plus local. Anne-Laure Cristofari, porte parole du collectif, nous éclaire :« I Was a ouvert une porte. Nous considérons que tout part du local et qu’il faut maintenant créer des dynamiques qui s’adaptent aux territoires. J’ai donc appelé Anaïs Mattei (l’une des portes paroles de Zitelle in Zerga, le collectif qui découle du mouvement I Was), d’abord pour les féliciter puis pour leur demander si ça les intéressait de venir manifester à Calvi. Une délégation est invitée au rassemblement. »

La Balagne, un « isolat dans l’isolat »

Le but de Donne in Lotta est de montrer que ce combat est « légitime », de participer à éveiller les consciences dans une micro-région qui est « endormie »et pourtant loin d’être épargnée. Juliette Lenclos, psychologue et membre du collectif, affirme qu’elle reçoit régulièrement dans son cabinet des victimes d’agressions sexuelles. Selon nos informations, le pourcentage de ces dernières en Balagne ne diffère pas de la moyenne nationale.

collectif féministe Calvi

« La seule chose à briser, c’est le silence ! »

À 18h30, le cortège démarre en direction du boulevard Wilson. Une centaine d’hommes et de femmes, soudée, défile au rythme des slogans lancés à gorge déployée par le même groupe qui brandit des pancartes sur lesquelles l’on peut lire, pêle-mêle, « Mon corps mon choix », « La honte change de camp » ou bien « On vous croit ». Derrière la banderole « Unite, sulidarie è in mossa », dissimulée sous son masque et ses lunettes noires, Marie*, la voix tout juste audible, accepte de se confier à nous. Victime de violences sexuelles au lycée, la jeune femme de vingt-deux ans explique, avec pudeur et fermeté, que « ce genre d’initiative donne de la force, on se sent prise au sérieux et moins seule. »Après une courte pause, elle poursuit : « Il faut qu’on soit entendues, c’est important d’être là, ça permet d’entamer des conversations, car si tu ne parles pas tu ne peux pas être aidée. » Avant de conclure : « Il y a tout un système d’éducation à revoir, il faut absolument parler du consentement en cours. Parler de sexe, c’est changer les choses. »

Des soutiens hétérogènes

Rosa Rocca-Serra, membre du collectif Donne in Lotta, répète que le problème des violences sexuelles est général, que ce n’est pas un combat de genre. En témoigne la diversité des manifestants : intergénérationnelle et mixte, la mobilisation a rassemblé des anonymes et des personnages plus connus issus des mondes de la culture, de l’enseignement ou de la politique. Tous s’accordent : « ces victimes sont courageuses de parler, nous les soutenons. On ne sait pas comment les aider à notre niveau donc s’il y a une mobilisation près de chez nous, il faut y être. »

Vers 19h15, avant que la foule ne se disperse, le cortège fait un dernier arrêt à l’amphithéâtre du port. Le collectif et ses soutiens entonnent l’Hymne des femmes, certaines s’embrassent, des poings se lèvent, des larmes coulent. La foule observe, le regard grave. Un puissant « pour Julie ! » déchire le silence. Le 3 mars 2019, Julie Douib, 35 ans, mourrait à l’Île-Rousse, son ex-compagnon est accusé de l'affaire. C’était il y a plus d’un an, et la colère gronde toujours.

Le Montegrossu en arrière-plan domine la scène, couvert de nuages noirs.

*le prénom a été modifié

 

Ornella Nobili