Mercredi 10 juin 2020

New-York : Divorce entre le Maire et sa Police

Le maire de New York, Bill de Blasio, passe des moments très difficiles depuis le début de l’épidémie de Coronavirus. La ville, très touchée par la maladie, voit la tension entre les habitants et la police se cristalliser autour de la violence de cette dernière. Elles font suite aux manifestations entrainées par la mort de Georges Floyd. Cet afro américain est mort tué par policier blanc, en prison depuis. 2 policiers de la cité ont été suspendus sans traitement. Ils vont être poursuivis pour usage inapproprié de la force. 40 autres sont mis en causes, des centaines de plaintes sont enregistrées.

Le maire de New York a montré un glissement très marqué de son discours vis-à-vis des forces de l’ordre.

Lors des premières manifestations, il a systématiquement pris leur défense. Il arguait des pillages (très rares en fait), des actions violentes de certains activistes (Cocktail molotov, jet de pierres), pour justifier les actions de la police. Beaucoup de ces rassemblements se prolongeaient après le couvre-feu, imposé par le maire, à 20h. La plupart de ceux-ci étaient pacifiques. Mais, selon le quartier, et l’heure, elles n’étaient pas réprimées de la même manière. Des milliers de manifestants avaient pu, tranquillement, traverser le pont de Manhanttan, sans être inquiétés, et se disperser dans le calme.

Par contre, à 20h45, le 29 mai, lors d’un attroupement pacifique à Brooklyn, des centaines de personnes avaient chanté les mains en l’air et s’apprêtaient à quitter les lieux. Ils ne s’étaient pas rendus comptes qu’ils avaient été encerclés et ne pouvaient plus partir. La police les a chargés à coups de bâton, et a transformé une kermesse pacifique en scène de chaos, évidemment filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Cette technique de la « bouilloire », (kettle) est utilisée pour faire un maximum d’arrestations dans un même lieu.

La presse relatant ces faits a interrogé le maire de New York a plusieurs reprises. Elle s’interrogeait sur la nécessité de cette violence policière contre des manifestants en grande majorité pacifiques.

Le maire a nettement adouci son discours envers les protestataires et durcit le ton envers la police. Le procureur de Brooklyn, Eric Gonsalez, a déclaré qu’il ne poursuivra pas les centaines de personnes arrêtées lors des manifestations et qui n’ont pas commis de violence. Il a déclaré que « la vie des afro américains compte, que la violence policière est un crime, et que le droit de manifester est constitutionnel ».

Ce faisant, Bill de Blasio, pour la première fois, attaque frontalement les policiers et leurs très puissants syndicats. La guerre semble déclarée. Une loi des années 60, « n°50a », qui permettait de dissimuler les fautes passées d’un policier incriminé va être annulée. À Albany, capitale de l’état de New York, des lois vont être votées, notamment l’interdiction de la technique de l’étranglement.

Ce changement d’état d’esprit du maire, soutenu par les démocrates, en faveur des manifestants anti racistes et contre les violences policières se retrouve dans d’autres villes américaines. À Buffalo, 2 policiers ont été arrêtés après avoir bousculé un marcheur pacifiste de 75 ans. La vidéo de sa chute en arrière et de sa grave blessure à la tête a beaucoup choqué les USA. Les syndicats policiers ont pourtant exigé et obtenu la démission de tous les policiers de cette unité, en signe de protestation, mais en vain. On n’oubliera pas le décès d’une jeune femme de 20 ans, Sarah Grossman , décédée d’une crise d’asthme après avoir été aspergée de gaz lacrymogène lors d’une manifestation dans l’Ohio.

On pourra, évidemment, relier ce qui se passe aux USA, avec ce qui se passe en France, depuis quelques jours. Le discours du président Macron sur le racisme, la pression sur le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, sur les violences policières, contre les gilets jaunes et les dernières manifestations anti raciste ont eu des conséquences. La technique d’étranglement a, en France aussi, été interdite. Le préfet de police, Didier Lallement, est toujours mis en cause pour ses méthodes, notamment « la bouilloire »….

On pourra rappeler ce qu’a prononcé la fille de Georges Floyd : « Mon père a changé le Monde ».

Mais à quel prix ?