Protection marin : une opération au service de l'environnement menée à la Revellata
Ce mardi 19 mai, une importante opération de protection des écosystèmes marins a été menée dans la baie de Calvi au large de la Revellata. Cette intervention était organisée par Petra Patrimonia Corsica en collaboration avec la station de recherches sous-marines et océanographiques STARESO, ainsi que plusieurs experts corses et sardes, dans le cadre d’une action de lutte contre les engins de pêche abandonnés ou perdus en mer (ALDFG).
Une opération de relevage de "filet fantôme" à la Revellata
Rémi Belliard, chargé de mission pour Petra Patrimonia Corsica, explique que cette opération s’inscrit dans le projet européen LIFE mené avec plusieurs partenaires : "on vient de réaliser une action qu'on avait prévu depuis longtemps"
En effet, l’objectif de cette opération était de retirer un "filet fantôme" repéré dans les fonds marins de la baie de Calvi.
"Cette opération s’inscrit dans une étude menée depuis plusieurs années afin de définir au mieux un protocole de prévention de récupération de ces filets, limiter les impacts sur l’environnement notamment sur les herbiers de posidonie et les coralligènes, mais aussi développer des solutions de recyclage." précise Rémi Belliard.
Concernant ce "filet fantôme" Michel Marengo, directeur de STARESO explique que ce filet probablement perdu par un pêcheur était coincé sur des gorgones et des zones rocheuses, menaçant directement la faune et la flore sous-marines : "L’objectif après avoir identifié ce filet était de le remonter à la surface et de le retirer de l’eau" précise-t-il.
Selon lui les conséquences écologiques de ce type d’engins abandonnés peuvent être particulièrement importantes. "Le premier risque concerne les gorgones donc les coraux sous-marins, car le filet peut créer un enchevêtrement et les arracher avec les courants" explique Michel Marengo. Il évoque également des phénomènes d’anoxie (entraînant une baisse d’oxygène), des nécroses et même la mortalité de certaines espèces comme les éponges ou coralligène. D’autres animaux marins comme les poissons, les cigales de mer ou les langoustes peuvent également se retrouver piégés dans ces filets.
"C’est perdant économiquement pour le pêcheur et écologiquement aussi pour la biodiversité", ajoute-t-il.
L’opération a nécessité une importante intervention technique en plongée. Après avoir localisé et découpé le filet les plongeurs ont fixé des parachutes gonflables afin de permettre sa remontée progressive vers la surface. Une fois remonté le filet a été récupéré par les pêcheurs mobilisés pour l’opération. Michel Marengo souligne d’ailleurs l’importance de cette coopération entre scientifiques et les pêcheurs : "C’est une vraie collaboration scientifique avec les pêcheurs très importante et que l’on souhaite développer pour le futur"
C’est notamment grâce au bateau d’Éric Vilain que le filet a pu être récupéré. Le pêcheur explique que ces " filets fantômes " représentent également un problème pour la profession, car ils peuvent entraîner le blocage d’autres engins de pêche dans les fonds marins. "Il y avait effectivement trois types de matières différentes : de la palangre en nylon, du polyamide pour le filet et aussi des morceaux de filets en nylon" détaille-t-il.
Strong Sea Life : un programme européen pour protéger les fonds marins
Cette action s’inscrit dans le cadre du projet européen Strong Sea Life, initié par l’agence italienne de l’environnement ISPRA. Développé dans un premier temps en Sardaigne, notamment dans le parc de l’Asinara près de Porto Torres, le projet vise à améliorer la prévention, le signalement et les méthodes de récupération des engins de pêche abandonnés ou perdus en mer.
L’objectif de cette coopération internationale est également de reproduire en Corse les actions déjà mises en place en Sardaigne. Plusieurs experts sardes étaient d’ailleurs présents à Calvi pour échanger autour des méthodes utilisées pour localiser ces engins immergés.
Attilio Castellucci, technicien à l’ISPRA, explique que plusieurs solutions permettent aujourd’hui d’identifier ces filets perdus : "Les signalements peuvent venir des plongeurs, des pêcheurs, des radars sur les bateaux ou encore grâce à des contacts dédiés, comme des numéros de téléphone et des sites internet permettant de signaler une perte ou une découverte"
Il précise également que les premières interventions se font généralement à l’aide d’un ROV, un robot sous-marin téléguidé, avant l’intervention des plongeurs pour récupérer les engins abandonnés.
Après cinq années de travail au nord de la Sardaigne, le programme Strong Sea Life a déjà permis de retirer 22 tonnes de matériel des fonds marins, parmi lesquels des filets, des nasses et des palangres. Le projet a également permis d’identifier 89 espèces marines victimes de ces "pièges silencieux", tandis que 180 signalements ont déjà été enregistrés grâce à la coopération avec les pêcheurs italiens.
Le projet Strong Sea Life prévoit également le recyclage de ces filets de pêche récupérés, ils sont transformés en nouveaux matériaux comme des sacs ou des éléments de mobilier tels que des bancs.