Vendredi 5 juin 2020

Remise en cause de l'étude visant l’hydrochloroquine

Le Lancet se rétracte et met en doute l’étude qui mettait en cause les effets de l’hydro-chloroquine sur le traitement du Covid. Le prestigieux journal médical avait présenté cette étude le 22 mai dernier. Présentée par la société Surgisphere, elle était basée sur les données provenant de 96,032 malades du coronavirus et répartis dans 671 hôpitaux du monde entier. Elle concluait que les risques de décès des malades traités contre le covid-19 augmentaient avec cette molécule. Les chercheurs recommandaient de ne pas utiliser ce médicament, associé ou non à des antibiotiques, en dehors des essais cliniques envisagés alors.

En France, le gouvernement avait utilisé les résultats de cette étude pour remettre également en cause le professeur Raoult. Cet épidémiologiste de renommée internationale, au caractère particulier, qualifié parfois de gourou par ces adversaires, avait préconisé ce médicament, associé à un antibiotique, dans les premiers stades de la maladie. Trump s’était emparé de ce médicament comme d’un étendard, à son profit, dans la lutte contre le Covid-19. Bolsonaro, au Brésil, avait reconnu en avoir utilisé.

En France, lorsque le Lancet avait présenté cette étude, qui démentait les résultats du professeur Raoult, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer les méthodes du professeur. Ses partisans, par contre, plaidaient pour un complot des laboratoires, désireux de vendre leurs médicaments plus onéreux.

Or une revue anglaise, The New England Journal of Medicine, a demandé de voir les mêmes données. Elles avaient été utilisées pour une étude sur les effets de médicaments régulateurs de la tension. Dès mardi, le NEJM publié une note de « réserves » sur celle-ci, en demandant aux auteurs de prouver la fiabilité des données utilisées.

Le Lancet a emboité le pas immédiatement. Il a mandaté un audit indépendant sur les auteurs de l’étude incriminée et sur la fiabilité des données utilisées. Il a également publié une note de « réserves » sur ces données.

Il semblerait que les chercheurs aient trouvé des incohérences entre les nombres de malades du Covid étudiés et les chiffres officiels, notamment en Grande Bretagne et en Turquie.

Cette étude sur l’hydrochloroquine et ses résultats négatifs avaient entrainé l’arrêt de plusieurs autres recherches scientifiques en cours sur ce médicament, au grand dam des chercheurs concernés.

Il s’agit d’une affaire qui met en cause un journal prestigieux, le Lancet, dont ce jeudi encore, sur Cnews, à 13h, un médecin français vantait le sérieux. Un mauvais coup pour la médecine. Les enjeux médiatiques et financiers de la lutte contre le covid-19 exercent une énorme pression, sur les chercheurs, sur les revues scientifiques et les publications concernées. Il faut garder un esprit de rigueur scientifique, au plus haut niveau. Le manque de crédibilité qui risque d’en découler pourrait entrainer, en cas de vaccin, un refus de nombreuses personnes de se faire immuniser. Cela pourrait accélerer le retour du virus. Un autre gagnant paradoxal de cette contestation des études est le professeur Raoult. Attaqué de toutes parts dans les média, il apparait de plus en plus comme leur victime, sacrifié sur l’autel des laboratoires pharmaceutiques appâtés par un gain financier énorme en cas de traitement ou de vaccin efficace.