Lundi 27 avril 2020

Reporters Sans Frontières lance “Observatoire 19” contre la désinformation et la censure des journalistes

Ce projet vise à assurer la protection des journalistes et à dénoncer les entraves à l’information lors de cette pandémie.

Dans cette période où les fausses informations sur le virus vont bon train, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a décidé de lancer “l’Observatoire 19”. Ce projet vise à lutter contre la désinformation et la censure étatique, afin que les citoyens du monde entier soient informés correctement sur l’évolution du virus dans leurs pays respectifs. Cet outil de contrôle de l’information doit son nom au Covid-19, mais aussi en rapport à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (liberté d’expression et d’opinion).

“La censure ne peut pas être considérée comme une affaire intérieure de tel ou tel pays : le contrôle de l'information dans un pays donné a des conséquences partout sur la planète et nous en subissons aujourd'hui les effets”, souligne Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières sur le site internet de l’organisation. “Il en va de même de la désinformation et des rumeurs. Elles amènent les individus à prendre de mauvaises décisions, restreignent leur libre arbitre, anéantissent leur intelligence”, ajoute-il.

Dans le monde entier, de nombreux journalistes font face à diverses pressions et menaces alors qu’ils ne font qu’informer les populations sur la progression du virus. C’est le cas par exemple en Hongrie, où le président Viktor Orban a fait voter une loi permettant l’élargissement de ses pouvoirs et un contrôle massif sur les médias et les informations diffusées au sujet du nouveau coronavirus. Reporters sans frontières a décidé de s’associer avec huit autres associations de défense de la liberté d’expression afin de condamner ces pratiques qui “portent atteinte aux droits fondamentaux et à la libre circulation des informations.”

En Chine, là où est apparu le virus, les interrogations sont nombreuses quant aux informations délivrées par Pékin. Les chiffres des personnes contaminées et décédées du Covid-19 sont pointés du doigt par la communauté internationale, jugés bien en deçà de la réalité. Le pouvoir chinois multiplie donc les mesures restrictives (expulsion de journalistes, harcèlement de correspondants étrangers) et censure tous les médias remettant en question la gestion du gouvernement.

Cette crise de l’information n’épargne pas l’Afrique et l’Amérique. Au Brésil, le président Jair Bolsonaro continue de refuser les mesures de confinement et s’attaque aux médias, qu’il juge responsables de la panique dans le pays le plus contaminé d’Amérique latine. Alors que le Brésil vient de dépasser les 3000 victimes du Covid-19, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Sergio Moro a présenté sa démission, vendredi 24 avril. Dans une conférence de presse, il dénonce “l’ingérence politique” du président Bolsonaro. Au Zimbabwe également, RSF dénonce les nombreuses exactions envers les journalistes, dont cinq d’entre eux ont été arrêtés principalement pour “trouble à l’ordre public”, rapporte l’organisation.

Dans ce contexte de pandémie, il est important de rappeler que l’information doit demeurer accessible pour tous et que le combat pour la liberté de la presse ne doit pas s’arrêter, bien au contraire.