Lundi 25 mai 2020

Alexia Caamano : Artiste à la révolution pacifiste

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alexia camaano artiste corse
Alexia Caamano est née sous le soleil de Corse, après le lycée elle se dirige vers la Classe Préparatoire aux Grandes Écoles d’arts au lycée Georges Clemenceau de Sartène où elle a étudié les arts plastiques pendant 2 ans.
t shirt et liberté d'Alexia caamano
               collection t-shirts Alexia Caamano

Cette expérience a été son premier pas vers le milieu artistique et elle y a beaucoup appris : « Mes professeurs m’ont amené à développer des bases techniques et historiques, ainsi qu’une maturité et liberté de réflexion.» 

Pendant ces années de prépa Alexia découvre que les corps, les femmes et la nature faisaient partie des problématiques qui s’imposaient souvent, elle en a donc fait son univers. Suite à cela elle se dirige vers l’institut supérieur des arts de Toulouse ou elle ne restera pas longtemps. De retour en Corse, elle y reste deux ans et prépare son départ pour Montréal pour se former en tant que graphiste.

Pendant ce temps, elle inventait sa marque, son univers, son emprunte « … j’ai donc créé les femmes plantes fin 2016, une série d’illustrations qui évolue chaque jour, et qui fut à l’origine d’une collection de t-shirts, de tote-bags ou encore de foulards ».

"… je ne crois pas être passionnée par la pratique du dessin en elle-même, je suis passionnée par la naissance de mes femmes plantes sur le papier, passionnée par le fait de les voir évoluer, changer en fonction des expériences que je vais vivre, passionnée par les échanges que j’ai avec des personnes à leur sujet.Je suis passionnée par cet univers, et je ne m’en lasse jamais car il est en perpétuel changement. Et lorsque je ne le comprends plus, lorsque je n’arrive plus à lui apporter quelque chose je fais une pause, et je suis heureuse de le retrouver plus tard. "

femmes plantes d'Alexia caamano

Aujourd’hui elle revient de Montréal, Canada où elle fait une école de graphisme depuis deux ans et s’est posée dans sa chambre d’adolescente, là où un temps elle rêvait de création qu’elle répond à mes questions.

Elle n’a pas peur de nous cacher son angoisse fasse à l’incertitude du futur..  « l’avenir est assez incertain donc j’essaye de me concentrer sur le moment présent de manière générale, de me concentrer sur des questions plus philosophiques, politiques et sociales. Questionnements que j’avais mis de côté par manque de temps ou de motivation je ne sais pas, et qui ont été ré-enclenchées avec la crise que nous traversons ».

C’est comme ça que l’on en vient à parler de sa vision de l’engagement et de ce que cela signifie pour elle.

«  L’engagement c’est une vaste question. Chacun peut en développer sa propre forme »

Si aujourd’hui elle envisage l’engagement d’une façon aussi libre, il faut savoir que ça ne l’a pas toujours été. En effet au lycée elle s’était engagée pour un parti politique « peut-être à un âge où je n’avais pas assez de recul sur certaines questions, j’ai par la suite délaissé la politique. Cet abandon s’est produit au moment où je me suis sentie plus en accord avec ma pratique artistique, peut-être l’avait-elle justement absorbé ».

C’est à ce moment-là, avec un besoin de parler de la féminité que naissent « Les Femmes Plantes ».

Sans violence, ni impact direct, Alexia dessinait sa rébellion d’une nouvelle façon : « En discutant avec mes amis, des gens rencontrés au hasard, j’ai essayé d’apprendre à connaître et comprendre les humains. J’ai eu envie d’effacer tout ce qu’on m’avait appris afin de me forger un regard plus singulier sur le monde, sur le genre, sur la sexualité, avec le moins d’a priori possible. J’ai eu la chance de vivre une bonne partie de ma jeunesse en corse, un peu sur le continent et deux ans au Quebec donc j’ai pu côtoyer différentes cultures et je pense m’en être considérablement nourrie… j’ai essayé du moins ».

alexia caamano artiste dessins femmes corps de femme

Cette forme de questionnement sur l’humanité s’est souvent ressentie de ses dessins mais jamais personne n’y a perçu un même combat, « j’ai l’impression que chacun voit la cause qu’il souhaite dans mes dessins en fonction de son propre engagement. C’est à dire que certaines personnes ne vont y voir que de l’esthétisme et de la poésie, ce qui est très bien, d’autres vont me parler de ce discours bodypositif qui se dégage, et c’est vrai aussi ».

«  Une sorte de révolution pacifiste »

Des corps nus, d’âges et de corpulences différents étendus sur le sol se reposent. Une femme indépendante prend du temps pour elle...

C’est une ode à la femme qu’Alexia déclare à travers son art et sa « révolution pacifiste ».

« Quelque chose a changé dans ma manière d’être et de penser en début d’année, après tous ces événements hyper-violents et chargés symboliquement. C’est comme si le vernis s’était craquelé et j’ai eu un peu un rejet des femmes plantes tel que je les représentais ; c’est à dire très douces, très colorés etc. Donc actuellement je retravaille une femme plante en intégrant d’autres éléments, en enlevant la couleur, en travaillant un dessin plus technique, plus brut ».

Aujourd’hui les femmes plantes commencent à prendre des aspects différents, parfois d’autres éléments s’invitent dans le paysage, peut-être le début d’une nouvelle ère pour cette artiste et son monde ?

dessin Alexia caamano

Le message d’Alexia aux futures générations :

« Premièrement la chose la plus importante est de ne plus voir une seule manière d’être engagé, il y a mille façons d’être engagé en fonction de son caractère, de ses compétences, de son énergie, de son temps, des valeurs qu’on veut porter etc. Il y a un peu d’introspection à faire mais tout le monde a, selon moi, les capacités.

La deuxième chose la plus importante, serait de ne jamais pérenniser ses convictions, de ne pas vouloir écouter l’autre, d’être persuadé d’avoir raison. La beauté de l’engagement c’est l’écoute, c’est de ne pas perdre de vue qu’on fait ça pour le sens commun, pour un monde nouveau et meilleur, donc pour un monde meilleur il faut déjà connaître le monde actuel dans lequel on vit, afin d’opérer une distance. 

Personnellement j’ai la chance de fréquenter des personnes qui m’apprennent à toujours tout remettre en doute, tout, afin de garder une liberté de réflexion. Je crois que le doute est l’outils primordialeet c’est ça que j’aimerai transmettre d’une manière ou d’une autre aux nouvelles générations, même si j’ai, bien entendu, l’impression d’en faire encore partie, j’espère qu’ensemble nous arriverons à changer les choses. Lorsqu’on remet tout en question on se rend compte que beaucoup de choses ne tiennent pas la route, et à ce moment-là, on peut trouver le moteur de son engagement. »

Instagram Alexia Caamano

Crédit Photo : Letizia Debain

dessin Alexia Caamano