Mardi 9 février 2021

Le cinéma « Le Fogata » de l'Ile-Rousse doit survivre à la crise sanitaire

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Cinéma Fogata
Fermés une première fois du 15 mars au 21 juin 2020 et une seconde fois depuis le 30 octobre 2020 les cinéma sont en grand danger. Seul cinéma en Balagne, « Le Fogata » de l'Ile-Rousse doit comme les autres faire face.
Son propriétaire « Ceccè » Acquaviva revient sur ces difficultés liées aux mesures sanitaires et ses conséquences mais aussi sur son attachement à ce lieu et au rôle majeur de ce cinéma dans la vie culturelle de la microrégion de Balagne

La pandémie du coronavirus a eu raison des salles de cinéma.

La fréquentation des cinémas, obligés de réduire leurs capacités ou être fermés une bonne partie de l’année a selon le centre national du cinéma (CNC) provoqué une chute de 70 % de la fréquentation au niveau national.

Dans une salle désespérément vide, interdite au public, pour on ne sait encore combien de temps, « Ceccè » Acquaviva, propriétaire du cinéma « Le Fogata » à l'Ile-Rousse confirme à peu de choses près ces chiffres, avant de manifester sa solidarité, de parler de cette pandémie du Coronavirus et de ses conséquences mais aussi de l'avenir de cet unique cinéma en Balagne, de sa rentabilité, des difficultés auxquelles il est confronté.

Solidaire des mouvements et manifestations, organisés pour la réouverture des lieux de culture, le 15 décembre 2020, devant le cinéma, « Ceccè » a accueilli professionnels, représentants d'associations, spectateurs , musiciens et acteurs culturels exprimant leur colère et leurs inquiétudes face à une telle situation.

 

Les confinements ont fait apparaître ou accentuer d’autres modes de consommation, les gens s’habituent aux plates-formes de streaming et d’ailleurs de plus en plus de Blockbusters font le choix de sortir sur ces plates-formes et n’auront peut-être pas de vie dans les salles de cinéma, le tout afin de rentrer de répondre à des impératifs économiques car l’argent reste le nerf de la guerre

 

Après le premier confinement il y avait un certain engouement

Après le premier confinement qui avait vu du 15 mars au 21 juin 2020 le cinéma fermé, « Ceccè » dressait un premier constat : 

« À la reprise, malgré l’appréhension, il y avait un certain engouement. Les mesures sanitaires, port du masque et gestes barrière, étaient respectées. Le manque et le besoin se faisaient ressentir et les distributeurs de films français avaient joué le jeu. Malheureusement sans les locomotives que représentent les blockbusters américains, impossible de maintenir une activité pérenne ».

Propriétaire du cinéma depuis 2009, il l’a doté d’une seconde salle de projection à côté de l’hôtel Davia fin novembre 2019.

À l’origine du festival L’Isula ciné musica qu’il a créé en 2018, l’année 2020 s’annonçait sous les meilleurs hospices après un exercice précédent record.

Outre les projections, concerts, pièces de théâtre, conférences ont pu être maintenus tout comme le festival Lisula ciné musica, traditionnellement à Pâques avant d'être décalé  à la Toussaint.

Et puis, le 28 octobre 2020, il y a eu cette allocution du Président de la République, Emmanuel Macron annonçant un nouveau confinement à compter du 30 octobre 2020.

Depuis, au grand dam des propriétaires de salles, la situation reste bloquée et les inquiétudes se lisent sur les visages.

Défenseur impliqué de la culture, « Ceccè » est bien évidemment solidaire des mouvements et manifestations pour la réouverture des lieux de culture mais il sait que le cas par cas est compliqué.

« Plein de choses plaident en notre faveur, c’est une petite structure, les mesures sanitaires sont respectées et bien rentrées dans les mœurs, on pourrait ouvrir d’autant plus que qu’à raison d’une projection par jour et avec une fréquentation de 40 personnes en moyenne, la gestion des distances et la désinfection de la salle sont des choses simples à gérer, d’autant plus avec la configuration de cette seconde salle, mais il en est ainsi » précise t-il, avant de poursuivre :

« Les confinements ont fait apparaître ou accentuer d’autres modes de consommation, les gens s’habituent aux plates-formes de streaming et d’ailleurs de plus en plus de Blockbusters font le choix de sortir sur ces plates-formes et n’auront peut-être pas de vie dans les salles de cinéma, le tout afin de répondre à des impératifs économiques car l’argent reste le nerf de la guerre ».

 

Une chose est certaine c’est que le cinéma restera ouvert car d’une part, je suis très attaché à ce lieu et je tiens à son rôle majeur dans la vie culturelle de notre microrégion

 

Maintenir le Fogata, un acte militant culturel affirmé et assumé 

Malgré cette situation difficile à vivre, « Ceccè » Acquaviva se veut résolument optimiste.

« J’ai la chance d’avoir une activité principale qui me permet de maintenir ma passion pour l’art et le cinéma à travers le Fogata.

2019 fut une année référence, mais pour être honnête, le cinéma n’est quasiment jamais à l’équilibre en dehors de deux années, je travaille toujours à perte.

Songer à d’éventuelles modifications? Sincèrement, je ne suis pas dans cette réflexion, j’attends déjà les décisions gouvernementales et je reste optimiste. Nous sommes prêts à ouvrir le plus rapidement possible, mais là encore avec quelle affiche ? Nous sommes tributaires de l’actualité cinématographique.

Une chose est certaine c’est que le cinéma restera ouvert car d’une part, je suis très attaché à ce lieu et je tiens à son rôle majeur dans la vie culturelle de notre microrégion ».

Il est certain que bon nombre de cinéphiles balanins restent suspendus aux décisions qui seront prises dans les jours et semaines à venir. Ils n’ont qu’une hâte, retrouver leur cinéma.

Le vide abyssal dénoncé par l’absence de vie culturelle et la foule de plus en plus compacte lors des différentes manifestations en faveur de la réouverture des lieux de culture le prouvent.

 

Texte par François Colombani