Lundi 4 mai 2026

Karine Mercuri, clap de fin après 36 ans de passion

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Karine Coiffeuse
La coiffure a toujours été bien plus qu'une simple obligation. Elle a servi de reflet de la culture, de la mode et de l'idéologie dominante…
L’Antiquité était le reflet de la hiérarchie sociale, le Moyen Âge une question de modestie et de décence, la Renaissance un retour à l’ornementation.
L’époque moderne est marquée par une explosion de tendances nouvelles, du bob des années 1920 aux cheveux longs des années 1960, en passant par les coiffures punk des années 1980.
Cette période de transformation est devenue l’expression de l';individualité et de la liberté.
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : la coiffure continuera d'évoluer et de se transformer tout comme nous.

Karine, la parisienne c’était l’élégance et la discrétion. Elle a fait valoir ses droits à la retraite après 36 ans de bons et loyaux services auprès de sa clientèle et le 1er avril dernier (ça n’était pas un poisson) elle tirait sa révérence.
L’année de ses 18 ans, elle entre en coiffure comme on entre dans les ordres à l’école d’Arbois pour trois ans d’enseignement. Il existait alors des écoles d’Etat disparues depuis au profit des établissements privés. Les temps
changent….
Son diplôme en poche elle effectuera des remplacements dans divers salons parisiens, notamment « Alexandre » qui lui apporteront beaucoup dans sa prestation de coiffeuse hommes, femmes, enfants.
Au cours de sa formation elle côtoiera un monde divers, par exemple en coiffant des « filles » comme elle dit généreuses en pourboires, des artistes, du beau monde.
Été 1970, vacances en Corse avec un groupe de coiffeurs dont l’un est originaire de l’île. C’est l’année où tout bascule, elle rencontre l’amour avec un grand « A » et les copains repartent à Paris sans elle qui est devenue Karine Mercuri.

Au début elle bosse sur l’Île Rousse tout en prêtant main forte à son époux berger et en devenant maman d’un adorable Sébastien. Elle était à l’aise dans ce milieu agricole, avec ses traditions, ses Tumbera. Elle a tout de suite aimé la Corse qui représentait cet espace de liberté qu’elle recherchait et s’y est parfaitement intégrée. Du reste Sébastien est devenu berger à son tour avec son épouse et Karine a plaisir à les aider dès qu’elle est en repos.
Elle ouvre son salon à L’Isula le 3 juillet 1990. Dans ces 50 m² elles ont été jusqu’à quatre à coiffer du mardi au samedi. 36 ans à friser, défriser, couper, colorer des années durant. Karine a connu les fers à friser (fers Marcel), à onduler, à gaufrer, à moustaches obligatoires en théorie pour avoir le diplôme. Les bigoudis, les mis en plis, les indéfrisables, les permanentes commencées le matin se terminant l’après-midi surtout si les cheveux était épais, la durée des couleurs plus longue, les chignons des grandes occasions, les coupes asymétriques sans oublier l’incontournable Mexicaine qui raidissait les
cheveux comme la chanteuse « Joëlle ». Deux gros rouleaux sur la tête, enroulement de toute la chevelure sur un côté
bloqué par des pinces, direction le casque 1 h 30 à 2 h. Ensuite on refait la même chose de l’autre côté pour la même durée. Le résultat était parfait.
Aujourd’hui comme disait Saint-Ex la planète tourne de plus en plus vite, les gens n’ont plus le temps et le brushing a pris la place du casque. N’oublions pas les coups de peigne journaliers. Ces dernières années Karine était seule à coiffer avec toujours autant d’entrain et un salon qui ne désemplissait pas. Karine c’était le « dernier salon balanin où l’on cause ». Le baromètre de sondage bien avant la lettre. C’était un lieu de confidences où certains refaisaient le monde et où d’autres médisaient sur une telle ou un tel, les neutres écoutant et se gardant bien de prendre parti, mais ne pouvant s’empêcher de répéter les nouvelles une fois dehors.
Ce bastion chargé de souvenirs et d’affections va beaucoup manquer à ses amis et clients avec lesquels elle a partagé des joies, des souffrances, des peines. On n’efface pas 36 ans ainsi. 36 ans sans fermeture annuelle, exception faite une seule fois, ces dernières années (8 jours) pas plus, pour raisons médicales.
Bonne retraite Karine ! vous l’avez bien mérité...