Mardi 19 mai 2020

L'Ecole des filles de l'Ile-Rousse

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Peinture l'écolière de Jean Puy
Au début du XIXe siècle, les communes de la Corse possédaient en majorité une école de garçons, mais l’instruction des filles posaient problème. À l’époque, une opinion réductrice était communément admise au sujet de l’éducation des jeunes filles. En effet, parmi les notables, on prétendait que l’on ne doit rien apprendre aux petites filles si ce n’est la couture et les travaux manuels. Mais c’était à l’opposé des projets de Mgr Casanelli d’Istria, Évêque de la Corse de 1833 à 1869, qui voulait à tout prix développer l’instruction dans l’île.  [1] 

Il faut remarquer qu’en 1828 un collège communal est créé à Calvi. En 1825, le conseil d’arrondissement pensait installer cet établissement d’instruction secondaire à Algajola. [2] 

Si l’école normale de garçons est créée à Ajaccio en 1829, il est important de noter qu’il faut attendre 1852 pour que soit ouverte l’école normale des filles dans la même ville.

 

En application de la loi Guizot de 1833 chaque commune est tenue d’ouvrir une école de garçons. Il faut attendre la loi Falloux de 1850 pour que l’école publique s’ouvre aux jeunes filles. Dès lors la scolarisation féminine s’envole. [3]

 

Par la suite, en 1835 le conseil municipal de L’Île-Rousse via son maire Giovan Ambroggio Suzzoni désire vivement obtenir l’installation des Sœurs de Saint-Joseph, congrégation religieuse de Lyon. Celles-ci dirigent à cette époque une institution à Calvi, ouverte vers 1829, qui obtient de très bons résultats. [4]

 

Ainsi, la cité paoline souhaite se doter d’une école de filles au même titre que celle des garçons. La ville s’agrandit et doit construire de nouvelles structures. Cependant, ne pouvant supporter seule une telle charge, la commune demande pour le fonctionnement de cette institution une aide financière de 1 200 francs par an au Conseil Général de la Corse. Demande rejetée par le Ministère de l’Intérieur à cause de la forme présentée. [5]

 

Vouloir instruire les filles à L’Île-Rousse semblait alors compromis. Mais grâce à Mgr Casanelli d’Istria, une autre congrégation de religieuses venues d’Agen, nommée les Filles de Marie, s’installa dès 1840 à L’Île-Rousse afin d’instruire les filles.[6]

Ces sœurs occupèrent quelques années deux maisons [7] louées par la municipalité avant d’investir en 1850 la bâtisse construite pour elles sur la place Paoli.

 

Tableau : L'écolière - Jean PUY (1933 - 1934)

 


 

 

[1] Casta, François-Joseph, Christianisme et société en Corse, Ed. Albiana, 2013 : p. 276.

[2] ADCS, 1N4-17.

[3] Ravis-Giordani, Georges, Atlas ethno historique de la Corse 1770-2003, Ed. CTHS, 2004 : article de Bénédicte Napoleoni « La scolarisation, XIXe-XXesiècles ».

[4] Gherardi, Eugène F.-X., En semant ses bienfaits dans le cœur des enfants, Regards sur l’éducation en Corse (Fin XVIIIe– XIXesiècle),Ed. Albiana, 2016.

[5] op. cit. note 4.

[6] ADHC, 2N8.

[7] Les Filles de Marie ont occupé de 1840 à 1844 la maison Muzio-Olivi située au Scalu, c’est l’actuel hôtel Perla Rossa (Ortolan, Théophile, Diplomate et Soldat, Mgr Casanelli d’Istria – Tome Second, 1900 : chapitre XV « Les anges tutélaires de la jeunesse 1837-1848 »). Puis de 1844 à 1850 elles ont emménagé dans la maison Muzio-Olivi (maison Damiani) derrière l’église de la Miséricorde (ADHC, Fonds de la commune de L’Île-Rousse, 2 O-134/2).