Lundi 4 mai 2026

Scola Corsa en appelle aux maires de l'île

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Scola Corsa
Menacé par un recours administratif contre ses subventions et l'incertitude autour de la contractualisation de ses enseignants, le réseau d'écoles immersives Scola Corsa lance un appel urgent aux élus locaux. Alors qu'une réunion décisive est prévue le 7 mai à Ajaccio avec les services de l'État, l'association espère un soutien massif des édiles insulaires pour sauver son modèle éducatif.

Le 26 avril 2026, l'association Scola Corsa a adressé une note officielle à l'ensemble des maires de Corse. Face à une situation jugée critique, l'objectif est clair : solliciter l'appui des conseils municipaux pour défendre ce dispositif immersif. L'association invite les édiles à adopter une motion ou à lui faire parvenir une lettre de soutien officielle pour faire bloc.

Créé en 2021, Scola Corsa compte aujourd'hui cinq établissements (Bastia, Biguglia, Sarrula è Carcupinu, Corti et Lucciana), accueillant environ 200 élèves répartis dans 13 classes. Ce dispositif associatif, qui suit rigoureusement les programmes de l'Éducation nationale et se soumet à ses inspections régulières, se veut une réponse concrète à l'urgence patrimoniale majeure qui touche la langue corse.

Un modèle économique attaqué

Malgré un succès populaire incontestable, la pérennité du réseau est aujourd'hui directement menacée. Jusqu'à présent, le fonctionnement des écoles repose en grande partie sur la Collectivité de Corse (70 %), complétée par l'engagement des familles et de la société civile (20 %), ainsi que par la participation des communes d'accueil (10 %).

Mais le récent contrôle de la Chambre régionale des comptes a pointé du doigt le fait que la Collectivité de Corse ne disposerait pas de la compétence en matière d'enseignement primaire. Conséquence immédiate : le préfet de Corse a introduit un recours devant le tribunal administratif concernant la subvention votée à l'unanimité pour l'année 2025-2026.

Pour les défenseurs de la langue, cette analyse juridique est contestable. Scola Corsa souligne d'ailleurs que dans la région Grand Est, le réseau associatif immersif ABCM bénéficie de financements similaires depuis 30 ans, validés par l'article L1111-4 du Code général des collectivités locales, et ce, sans qu'aucune observation du contrôle de légalité n'ait jamais été formulée.

La contractualisation comme unique issue

Acculée financièrement, l'association voit désormais la contractualisation avec l'État comme une "condition de survie" indispensable. En 2025, Scola Corsa avait obtenu la prise en charge de ses deux premiers postes d'enseignants. Désormais, pour sécuriser la continuité des écoles, le réseau exige la contractualisation généralisée des 11 postes restants. Si l'État venait à prendre en charge la totalité de la masse salariale enseignante, l'éventuel soutien financier de la Collectivité de Corse pourrait alors se concentrer exclusivement sur les charges de fonctionnement annexes (activités périscolaires, locaux), dissipant ainsi la problématique juridique actuelle.

C'est dans ce contexte de tension que l'appel aux maires prend tout son sens. Scola Corsa demande aux élus d'adopter des motions dénonçant les entraves administratives et réclamant un cadre juridique pérenne, défini en accord avec l'État.

Ce soutien institutionnel vient conforter une mobilisation populaire qui ne faiblit pas, marquée récemment par un rassemblement et un manifeste rassemblant près de 7 500 signatures. L'alerte solennelle a été portée jusqu'à Paris par le député Michel Castellani, qui a mis les ministres des Territoires et de l'Éducation nationale face à leurs responsabilités. Le gouvernement ayant promis des réponses rapides, tous les espoirs se tournent à présent vers la réunion quadripartite (État, Collectivité de Corse, rectorat, Scola Corsa) qui se tiendra ce jeudi 7 mai à la préfecture d'Ajaccio. L'avenir d'une composante essentielle de la reconquête linguistique s'y jouera.