Ouvrage bilingue : une Odyssée moderne née en Corse
“Les Errants” : Marie Ferranti et Alain Di Meglio réinventent l’Odyssée
À travers une œuvre à deux voix, Marie Ferranti et Alain Di Meglio proposent une relecture libre de l’Odyssée, entre écriture romanesque et poésie. Un projet né d’une collaboration artistique ancienne, qui explore les thèmes de l’errance, de l’exil et de la quête de soi.
Le point de départ de ce livre remonte à plusieurs années, lors d’une résidence artistique à Bonifacio à laquelle participait Marie Ferranti, accompagnée d’un groupe de chanteurs. Si ce travail n’avait pas abouti à une création concrète, il a laissé une forme de frustration chez les deux artistes, devenue par la suite un moteur de création.
« Nous étions restés un peu frustrés de cet inaboutissement », confie l’auteure.
C’est dans ce contexte qu’Alain Di Meglio, qui travaillait depuis longtemps sur l’épisode des Lestrygons dans l’Odyssée d’Homère, propose un nouveau projet à l’écrivaine. Inspiré par ce passage où des géants détruisent la flotte d’Ulysse à coups de rochers, il imagine un lien avec les paysages de Bonifacio. Très vite, les deux auteurs s’accordent sur l’idée de construire une œuvre originale, à distance d’une simple adaptation.
Le livre s’inscrit ainsi comme une variation autour de l’Odyssée. Il prend appui sur un moment clé du récit homérique, celui où Ulysse se retrouve seul après la destruction de sa flotte. Mais les auteurs choisissent d’en proposer une prolongation fictionnelle.
« J’ai imaginé qu’un des compagnons d’Ulysse avait survécu à ce massacre et s’était réfugié sur les rives de Bonifacio, où une femme l’avait recueilli et soigné », explique Marie Ferranti.
À partir de cette rencontre, les deux protagonistes entament un voyage marqué par l’incertitude. Lui cherche à retrouver son foyer, dans une trajectoire qui fait écho à celle d’Ulysse. Elle, en revanche, fuit une condition qu’elle ne supporte plus, sans véritable désir de retour. Leur errance devient alors le cœur du récit.
Le titre du livre, Les Errants, s’impose naturellement pour désigner ces deux figures en mouvement, déracinées, contraintes d’avancer sans véritable ancrage. Une errance qui dépasse le simple déplacement géographique.
« Ils ne cherchent pas seulement une destination, ils se cherchent eux-mêmes », précise l’auteure.
Sur le plan formel, l’ouvrage repose sur un dialogue entre deux écritures. Marie Ferranti développe la narration en français, tandis qu’Alain Di Meglio intervient par des textes poétiques en langue corse, dans un échange progressif entre prose et vers.
Avec Les Errants, les deux auteurs livrent ainsi une œuvre hybride, à la croisée des genres et des cultures. Entre héritage antique et ancrage insulaire, le récit propose une réflexion sensible sur l’exil, l’identité et le cheminement intérieur, tout en s’inscrivant dans une démarche de création contemporaine.