ADAPEI de Corse-du-Sud : au-delà du conflit social, une fracture entre salariés
À travers un rassemblement organisé il y a quelques jours, les salariés non grévistes ont apporté en premier lieu leur soutien à leur direction générale, en appuyant publiquement leur direction et en faisant entendre leur voix
Depuis plusieurs semaines, le conflit social à l’ADAPEI de Corse-du-Sud occupe l’espace médiatique. Pour rappel, la principale revendication portée par le mouvement de grève réclame le départ de la direction générale et la levée des mesures disciplinaires prises à l'encontre de deux salariés, dont un récemment mis à pied pour faute. Les représentants syndicaux ont estimé que les motifs ne justifiaient pas une telle sanction. Les salariés grévistes dénoncent des conditions de travail dégradées et réclament des évolutions au sein de la structure.
Mais une autre voix se fait entendre : celle de salariés non grévistes qui affirment ne pas se reconnaître dans les revendications portées publiquement. Selon un communiqué signé par des salariés se présentant comme majoritairement non grévistes et transmis à notre rédaction près de 120 professionnels sur les quelque 140 que compte l’association poursuivraient quotidiennement leurs missions auprès des personnes en situation de handicap. Ils soulignent également que la majorité des travailleurs accompagnés au sein de l’ESAT continue son activité.
« Nous tenons à rappeler que le droit de grève est un droit fondamental que nous respectons pleinement. Cependant, le respect de ce droit implique également le respect de ceux qui font le choix de ne pas faire grève et de poursuivre leurs missions auprès des personne accompagnées.
Ces salariés dénoncent un sentiment d’invisibilité, estimant que les communications récentes laissent croire que l’ensemble du personnel partage les revendications du mouvement.
« Les revendications portées ne reflètent ni les préoccupations ni les positions d’une grande partie des professionnels », indiquent-ils. Ils s’interrogent notamment sur la représentation des salariés non syndiqués et de ceux qui ne participent pas à la mobilisation.
Au-delà du fond, c’est surtout le climat interne que souhaitent dénoncer plusieurs salariés qui poursuivent leur activité.ils évoquent notamment des tensions entre grévistes et non gréviste , des ruptures de dialogue, des mises à l’écart et des pressions quotidiennes.
« Des salariés sont hués lorsqu’ils arrivent au travail », confie une salariée non gréviste.
Les signataires regrettent « une ambiance délétère et malsaine » et rappellent que le droit de travailler dans un climat serein doit être garanti au même titre que le droit de grève. Ils soulignent aussi la récurrence des conflits sociaux au sein de la structure, malgré la succession de plusieurs directions, et estiment qu’une réflexion sur les causes profondes de ces crises est nécessaire. Le communiqué évoque également les élections du Comité Social et Économique de 2024. Selon plusieurs salariés, certains collègues souhaitant s’investir dans la représentation du personnel auraient renoncé en raison d’un climat jugé insuffisamment apaisé.
Les salariés non gréviste appellent un retour au calme, conclu, leur communiqué, ainsi :
Nous demandons aujourd'hui que la parole des salariés non grévistes et, pour beaucoup d'entre nous, non syndiqués, soit entendue avec le même respect que celle des salariés engagés dans le mouvement social. Nous demandons également que la diversité des opinions présentes au sein de l'ADAPEI soit reconnue et respectée. Enfin, nous rappelons que notre priorité demeure inchangée : accompagner avec professionnalisme, humanité et bienveillance les personnes en situation de handicap qui nous font confiance chaque jour. C'est pour elles que nous sommes engagés. C'est pour elles que nous continuons à exercer nos missions.
Et c'est aussi pour elles que nous souhaitons aujourd'hui faire entendre notre voix
Les salariés majoritairement non grévistes signataires