38e Congrès des Scop et Scic à Toulouse : Un nouveau cap pour accélérer la transition vers une économie humaine
La Ville Rose a vibré pendant deux jours au rythme de la démocratie économique. Sous le mot d'ordre « Pour une économie humaine, démocratique, durable », le rassemblement biennal de la Confédération Générale des Scop et des Scic (CG Scop) a clôturé un vaste cycle de consultations régionales. Entre plénières stratégiques, ateliers de fond et moments de forte convivialité, ce congrès a dessiné le visage de l'entreprise de demain.
L'heure de la relève : Cyril Zorman prend la barre
Le moment d'orgue de ce 38e congrès fut la passation de pouvoir à la tête du mouvement. Après neuf années décisives ayant permis au modèle coopératif de franchir un cap de notoriété inédit, Jacques Landriot a officiellement cédé son fauteuil à Cyril Zorman.
Incarnant une nouvelle génération de dirigeants, Cyril Zorman n'est pas un inconnu du réseau : co-fondateur en 2003 de la Scop iséroise Probesys (spécialisée dans les logiciels libres), il présidait avec dynamisme l'Union régionale Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2019. Pour mener à bien sa mission jusqu'en 2030, la gouvernance a été repensée et élargie. Le bureau confédéral s'appuie désormais sur trois vice-présidents (Amélia Tiscornia de Scoping, Franck Maillé et Hervé Mareschal), garantissant une meilleure représentativité des territoires et de la pluralité des secteurs d'activité (BTP, industrie, numérique, services...).
Une résilience à toute épreuve validée par les chiffres
Avant de se projeter, le congrès a dressé le bilan de la mandature 2022-2025. Le Rapport de la Commission de contrôle et les données présentées en plénière sont sans appel : le modèle coopératif a fait preuve d'une robustesse exceptionnelle face aux récentes crises inflationnistes et énergétiques.
Aujourd'hui, le réseau rassemble plus de 4 500 entreprises et près de 95 000 emplois ancrés sur les territoires français. Les indicateurs financiers témoignent d'une gestion saine, où les réserves impartageables jouent pleinement leur rôle de bouclier anti-crise. Signe de cette vitalité, les données récentes montrent que 26 % des nouvelles coopératives sont issues de transmissions-reprises, confirmant que le statut Scop est une solution redoutable pour sauvegarder l'emploi local.
La nouvelle feuille de route : incarner, transmettre, amplifier
Adopté par les congressistes, le nouveau Texte d'Orientation fixe le cap de la prochaine décennie autour de trois piliers fondamentaux :
- Incarner les transitions : Le mouvement veut cesser d'être un observateur pour devenir un acteur de premier plan face à l'urgence écologique et technologique. La transition passe par les territoires, avec des solutions concrètes (mobilité douce, rénovation thermique, circuits courts).
- Faire vivre la culture coopérative : Face au papy-boom et au renouvellement des générations, la transmission est un enjeu de survie. Le projet phare de cette mandature est le lancement d'une « Académie de la coopération », destinée à former massivement les futurs dirigeants, associés et salariés aux spécificités de la gouvernance démocratique.
- Amplifier le développement : Peser davantage dans l'économie classique implique de changer d'échelle. Cela passera notamment par le déploiement d'une vaste campagne de communication nationale pour démystifier le modèle et séduire le grand public, ainsi que les décideurs politiques.
Séduire la jeunesse et s'appuyer sur la science
Le programme des ateliers a mis en exergue une préoccupation majeure : la quête de sens. Face à la crise de la "valeur travail" (thème débattu avec la participation de Benoît Hamon, président d'ESS France), les Scop ont une carte maîtresse à jouer pour attirer une jeunesse qui rejette les modèles pyramidaux traditionnels. Des ateliers pointus ont également questionné l'impact de l'Intelligence Artificielle sur l'emploi, cherchant des voies pour concilier l'automatisation avec une éthique humaniste.
Pour asseoir sa crédibilité, la CG Scop a fait la part belle au Pôle Recherche. Plus de 50 chercheurs étudient aujourd'hui le mouvement. L'exposition des posters de recherche et la présentation de l'ouvrage L'entreprise de demain existe depuis hier (co-dirigé par Timothée Duverger et Maxime Quijoux) ont rappelé que l'innovation sociale des coopératives est un terrain d'étude fertile et extrêmement contemporain.
Le Village Coopératif : le cœur battant d'un écosystème soudé
En marge des réflexions politiques, le "Village coopératif" a rappelé que les Scop ne sont pas isolées. Dans les allées du MEETT, les piliers de l'écosystème ont réaffirmé leur soutien : le Crédit Coopératif pour le financement, la Mutuelle des Scop & Scic pour la protection de plus de 15 000 bénéficiaires, ou encore des groupes comme Upcoop.
L'événement fut aussi une célébration. L'Union Sociale a fêté ses 80 ans de solidarité dans une ambiance cubaine festive, tandis que les moments de convivialité, rythmés par l'Orchestre de chambre de Toulouse et les dégustations des Brasseurs coopératifs, ont prouvé que l'on peut allier sérieux économique et fraternité.