Concurrence et baisse d'activité : les exploitants de stations-service corses tirent la sonnette d'alarme en préfecture
Le cœur du problème réside dans un écart de compétitivité devenu intenable. Lors de cette rencontre de plus de deux heures, les représentants de la profession – dont cinq exploitants du réseau Vito – ont détaillé aux représentants de l'État l'impact direct du « bouclier tarifaire » mis en place par TotalEnergies. Dans un contexte de hausse globale des cours, les indépendants se disent dans l'impossibilité de s'aligner sur les tarifs plafonnés du géant pétrolier.
Le constat économique dressé en préfecture est rude : confrontés à la fuite d'une partie de la clientèle, certains gérants accusent une chute vertigineuse de 50 % de leur chiffre d'affaires depuis le mois de mars. C'est d'ailleurs pour alerter les pouvoirs publics sur cette asphyxie financière qu'une quinzaine de stations du bassin ajaccien avaient gardé le rideau baissé lors du week-end des 12 et 13 septembre.
Le spectre d'une fracture territoriale
Les professionnels ont profité de l'écoute des deux préfets pour souligner les conséquences désastreuses qu'aurait un statu quo. La survie même des entreprises est engagée : selon certains propriétaires présents à la réunion, près de 80 stations-service insulaires pourraient être contraintes de mettre la clé sous la porte d'ici la fin de l'année 2026 si rien n'évolue.
Au-delà du drame social et économique pour les gérants, c'est l'aménagement du territoire qui se retrouve en première ligne. En Corse, où le véhicule personnel demeure souvent le seul moyen de locomotion, la fermeture des pompes isolées dans les villages de montagne accentuerait drastiquement la fracture territoriale et l'isolement des communes rurales.
Dans l'attente de mesures pérennes
Si Éric Jalon et la préfète de Haute-Corse ont pris la mesure de ce constat alarmant, les exploitants sont repartis sans solution immédiate sur l'épineuse question des prix. L'État se retrouve face à un défi complexe : préserver un maillage de proximité indispensable à la vie de l'île, tout en composant avec les règles de libre concurrence d'un marché national privatisé.
Le dialogue est désormais instauré, mais l'urgence reste entière pour des pompistes insulaires qui attendent des actes forts pour garantir la survie de leurs établissements.