Lundi 12 octobre 2026

Fourmi Tapinoma magnum : l’Université de Corse et le CNRS sur la piste d’un biocide 100 % naturel

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Fourmi Tapinoma magnum : l’Université de Corse et le CNRS sur la piste d’un biocide 100 % naturel
Face à la prolifération de cette fourmi invasive devenue un véritable fléau pour l'agriculture insulaire et les particuliers, les chercheurs du laboratoire Sciences Pour l’Environnement développent le projet « Furmicula ». À base d'huiles essentielles et de leurres chimiques, cette solution écologique est capable d'éliminer une colonie en trente minutes.

Elle colonise les vergers, envahit les jardins et s’infiltre jusque dans les habitations. Présente dans sept pays européens et particulièrement implantée sur l’île depuis plusieurs décennies, la petite fourmi noire Tapinoma magnum résiste aux traitements classiques. Pire : dopée par le réchauffement climatique et une capacité de reproduction hors norme, elle profite paradoxalement des insecticides conventionnels qui éliminent les espèces locales concurrentes et lui laissent le champ libre.

Pour inverser la tendance sans nuire à la biodiversité, les scientifiques de l’Université de Corse et du CNRS misent sur le biocontrôle et les ressources du maquis. Depuis 2018, au sein du laboratoire Sciences Pour l’Environnement (axe phytochimie et interactions du projet Ressources Naturelles), les chercheurs travaillent en partenariat avec l’Office de développement agricole et rural de la Corse (Odarc) pour mettre au point une parade agroécologique. Initialement centrés sur la protection des vergers d’agrumes, leurs travaux ont donné naissance à un programme dédié : le projet Furmicula.

Une colonie décimée en trente minutes grâce aux huiles essentielles

« Nous travaillons au développement d’alternatives naturelles aux produits phytosanitaires », explique Alain Muselli, professeur des universités en chimie théorique, physique et analytique, en charge de l’axe phytochimie et interactions. En explorant les propriétés de la flore insulaire, l’équipe cortenaise a déjà identifié une vingtaine d’huiles essentielles présentant un fort potentiel insecticide contre la fourmi invasive.

Formulées sous la forme d’émulsions aqueuses, ces solutions végétales ont livré des résultats spectaculaires en laboratoire. « Nous avons développé des formulations insecticides possédant des cinétiques d’action rapides capables de décimer une population de fourmis en trente minutes », détaille David Fiore Lliso, doctorant engagé sur le projet via un dispositif Cifre (alliant recherche publique et entreprise privée). L'enjeu consiste désormais à garantir la sélectivité du produit : « Il faudra parvenir à une solution qui ne gênerait pas les espèces végétales et les vergers que l’on souhaite protéger. »

Brouiller la communication des colonies par les phéromones

En parallèle de ce biocide végétal, le laboratoire explore une seconde piste tout aussi novatrice, inspirée du comportement social de l’insecte. « Au sein d’une colonie, les individus communiquent grâce à des phéromones, des signaux chimiques qui coordonnent leurs déplacements et leur activité », précise le professeur Alain Muselli.

L’idée des chercheurs est de synthétiser artificiellement ces molécules pour créer une véritable confusion chimique au sein des super-colonies. En brouillant leurs repères, il deviendrait alors possible de détourner les fourmis des zones agricoles sensibles ou de les attirer directement vers des pièges ciblés, limitant ainsi le recours massif aux traitements, même naturels.

Vers un brevet et des tests de non-toxicité cet automne

Fort de ces avancées, le projet Furmicula s’apprête à quitter la paillasse du laboratoire pour se confronter au terrain. Afin de sécuriser cette découverte et de préparer sa future commercialisation, la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT) Sud-Est a entamé les démarches de protection auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), avec l’appui du pôle universitaire d’innovation Med’Innov.

Cet automne 2026 marque une étape décisive : des expérimentations complémentaires sont lancées pour vérifier l’absence totale de toxicité des formules retenues sur les plantes et les organismes non ciblés. À terme, l’Université de Corse espère fournir aux agriculteurs et aux acteurs du biocontrôle une arme locale, sélective et durable contre l’un des ravageurs les plus coriaces du bassin méditerranéen.