Aiacciu se souvient : 83 ans après, l’hommage vibrant à Danielle Casanova
C'est au cœur de la Cité impériale, là où tout a commencé, que la République a salué le courage de l'une de ses plus illustres enfants. Née Vincentella Perini le 9 janvier 1909 à Ajaccio, celle qui choisira de se faire appeler « Danielle » s'est imposée comme une figure majeure de la lutte contre l'oppression nazie.
Un engagement de la première heure
Avant de devenir une icône de la Résistance, Danielle Casanova a fait preuve d'un engagement politique profond dès l'entre-deux-guerres. Lors de ses études en chirurgie dentaire à Paris, elle gravit rapidement les échelons des Jeunesses communistes. Ses qualités de rassembleuse l'amènent à fonder l'Union des jeunes filles de France (UJFF) en 1936, une organisation aux fortes convictions pacifistes et antifascistes qu'elle dirigera par la suite.
Lorsque la guerre éclate et que le parti communiste est interdit, elle plonge dans la clandestinité. Elle devient l'une des chevilles ouvrières des comités féminins de résistance, tissant des réseaux, participant à la diffusion d'une presse clandestine et organisant de cruciaux circuits de ravitaillement.
L'enfer d'Auschwitz et la force de l'idéal
Son combat acharné sur le sol français connaît un coup d'arrêt le 15 février 1942, lorsqu'elle est arrêtée par la police française à Paris. Après de longs mois d'incarcération, elle est intégrée au tristement célèbre convoi du 24 janvier 1943, aux côtés de 229 autres femmes, majoritairement des résistantes, en direction du camp d'extermination d'Auschwitz.
Juste avant ce funeste départ pour l'Allemagne, sa détermination forçait encore le respect, comme en témoignent ses derniers mots poignants laissés à ses proches :
"𝐷𝑒𝑚𝑎𝑖𝑛, 5 ℎ𝑒𝑢𝑟𝑒𝑠 𝑙𝑒𝑣𝑒𝑟, 6 ℎ𝑒𝑢𝑟𝑒𝑠 𝑓𝑜𝑢𝑖𝑙𝑙𝑒, 𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑑𝑒́𝑝𝑎𝑟𝑡 𝑒𝑛 𝐴𝑙𝑙𝑒𝑚𝑎𝑔𝑛𝑒. 𝑁𝑜𝑢𝑠 𝑠𝑜𝑚𝑚𝑒𝑠 231 𝑓𝑒𝑚𝑚𝑒𝑠, 𝑑𝑒𝑠 𝑗𝑒𝑢𝑛𝑒𝑠, 𝑑𝑒𝑠 𝑣𝑖𝑒𝑖𝑙𝑙𝑒𝑠, 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑙𝑎𝑑𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑚𝑒̂𝑚𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑖𝑛𝑓𝑖𝑟𝑚𝑒𝑠. 𝐿𝑎 𝑡𝑒𝑛𝑢𝑒 𝑑𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑡𝑒𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑚𝑎𝑔𝑛𝑖𝑓𝑖𝑞𝑢𝑒, 𝑒𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑏𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑀𝑎𝑟𝑠𝑒𝑖𝑙𝑙𝑎𝑖𝑠𝑒 𝑎 𝑟𝑒𝑡𝑒𝑛𝑡𝑖 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑓𝑜𝑖𝑠. 𝑁𝑜𝑢𝑠 𝑛𝑒 𝑏𝑎𝑖𝑠𝑠𝑒𝑟𝑜𝑛𝑠 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑙𝑎 𝑡𝑒̂𝑡𝑒 ; 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑛𝑒 𝑣𝑖𝑣𝑜𝑛𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝑙𝑢𝑡𝑡𝑒. 𝐿𝑒𝑠 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑣𝑖𝑣𝑜𝑛𝑠 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑔𝑟𝑎𝑛𝑑𝑖𝑜𝑠𝑒𝑠. 𝐽𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑑𝑖𝑠 𝑎𝑢 𝑟𝑒𝑣𝑜𝑖𝑟 ; 𝑗’𝑒𝑚𝑏𝑟𝑎𝑠𝑠𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑐𝑒𝑢𝑥 𝑞𝑢𝑒 𝑗’𝑎𝑖𝑚𝑒. 𝑁’𝑎𝑦𝑒𝑧 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑙𝑒 𝑐œ𝑢𝑟 𝑠𝑒𝑟𝑟𝑒́ 𝑒𝑛 𝑝𝑒𝑛𝑠𝑎𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑚𝑜𝑖. 𝐽𝑒 𝑠𝑢𝑖𝑠 ℎ𝑒𝑢𝑟𝑒𝑢𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑗𝑜𝑖𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑙𝑎 ℎ𝑎𝑢𝑡𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑐𝑖𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑑𝑒 𝑛’𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑓𝑎𝑖𝑙𝑙𝑖 𝑒𝑡 𝑑𝑒 𝑠𝑒𝑛𝑡𝑖𝑟 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑚𝑒𝑠 𝑣𝑒𝑖𝑛𝑒𝑠 𝑢𝑛 𝑠𝑎𝑛𝑔 𝑖𝑚𝑝𝑒́𝑡𝑢𝑒𝑢𝑥 𝑒𝑡 𝑗𝑒𝑢𝑛𝑒.
𝑁𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑏𝑒𝑙𝑙𝑒 𝐹𝑟𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑠𝑒𝑟𝑎 𝑙𝑖𝑏𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑖𝑑𝑒́𝑎𝑙 𝑡𝑟𝑖𝑜𝑚𝑝h𝑒𝑟𝑎".
Dans l'horreur concentrationnaire, sa formation lui permet d'exercer en tant que chirurgien-dentiste au sein du camp, une position inespérée qu'elle utilise pour aider et soulager, du mieux qu'elle le peut, ses camarades de détention. Mais au printemps 1943, une violente épidémie de typhus ravage Auschwitz. Danielle Casanova y succombe le 9 mai 1943.
À travers l'hommage rendu devant l'immeuble ajaccien qui l'a vue naître, c'est toute la Corse et la Nation entière qui se souviennent du sacrifice de cette femme d'exception, dont la bravoure continue d'éclairer notre Histoire.