Balagne : l'hydrogène vert sur le lac d E Cotule, un pari pour l'avenir énergétique de la Corse
Produire de l'énergie propre localement et repenser la mobilité ferroviaire corse : c'est l'ambition portée par l'association Acquasole et les défenseurs de l'hydrogène vert. Le projet repose sur une idée innovante consistant à produire de l'hydrogène à partir d'énergie solaire, grâce à des panneaux flottants installés sur le barrage de Codole. "Cet hydrogène permettra de stocker de l'électricité et de l'énergie", explique Georges Guironnet, cofondateur de l'entreprise Soleco et membre de l'association Négawatt, précisant que cette énergie sera stockée dans des wagons transportables pour l'acheminer dynamiquement vers les lieux de consommation.
Le choix du site de Codole ne doit rien au hasard. Selon Bertrand Ciavaldini, délégué régional de France Hydrogène, ce barrage peu profond souffre d'une forte évaporation et du développement de cyanobactéries, rendant son eau impropre à la consommation et à l'irrigation. L'installation solaire permettrait de limiter drastiquement ces effets néfastes tout en profitant des infrastructures existantes, comme la voie ferrée et les lignes à haute tension situées à proximité.
Cette vision est partagée de longue date par Lionel Mortini, président de la Communauté de communes de L’Île-Rousse - Balagne, qui rappelle militer depuis des années pour cette solution "évidente qui permet non seulement de produire une énergie propre, mais aussi d'améliorer la qualité de nos eaux et d'en préserver la quantité".
Des trains plus rapides et 200 emplois qualifiés
La priorité d'application de cette nouvelle énergie est le réseau ferroviaire corse. L'objectif est de décarboner les trains à un coût compétitif tout en supprimant le bruit, les odeurs et la pollution liées au CO2 et aux particules fines. Le passage à l'hydrogène, accompagné d'une modernisation globale des rames, permettrait aux trains d'accélérer et de freiner plus vite, offrant un gain de temps de trajet estimé à 40 minutes sur une liaison Ajaccio-Bastia.
Sur le plan économique, la création d'une filière locale permettrait de fixer le coût de l'énergie pour les 20 à 25 prochaines années, protégeant la Corse de la flambée des prix des hydrocarbures. Ce déploiement, s'il se concrétise, nécessiterait la création de 200 postes non saisonniers et qualifiés, avec des équipes d'ingénierie et de maintenance basées sur l'île.
La Balagne "en bout de réseau" : l'appel à des décisions radicales
Si le projet hydrogène s'avère être une brique indispensable, il s'inscrit dans un contexte d'urgence territoriale majeure. Absent lors de la conférence de presse, Lionel Mortini a tenu à apporter son soutien à cette démarche citoyenne par le biais d'un communiqué, lançant un avertissement solennel : "La crise énergétique arrive sur nous tel un cheval au galop. Située en bout de réseau, la Balagne se trouve en première ligne. Si nous ne faisons pas tout de suite des choix radicaux et des investissements massifs, nous sommes économiquement et socialement condamnés."
Pour l'élu balanin, la politique énergétique doit s'articuler autour d'un mix ambitieux : déploiement de l'hydrogène vert, exploitation de la biomasse grâce au potentiel des forêts de Melaghja et Tartaghine, et création d'un méthaniseur pour valoriser les boues d'épuration, les biodéchets et les déchets verts. Fort de ces orientations, le territoire a d'ailleurs été retenu dans le cadre du programme national des "100 territoires d’électrification".
Mais cette ambition implique également un changement profond des modes de vie. Le président de l'intercommunalité souligne la nécessité d'un urbanisme renouvelé, d'un renforcement de l'OPAH pour aider les habitants à isoler leurs logements, et d'une refonte des onze lignes de bus rurales pour "sortir du tout-gasoil et du fioul".
Une dynamique citoyenne et politique en marche
Pour concrétiser ces investissements, les partisans du projet s'appuient sur une mobilisation citoyenne croissante. La pétition lancée par l'association a largement dépassé les 1 000 signatures. Parallèlement, l'exemple de trains à hydrogène circulant déjà à l'international, notamment en Sicile ou en Sardaigne, commence à convaincre les élus locaux de la viabilité du modèle. Afin de poursuivre cette dynamique alliant production d'énergie propre et réduction des consommations énergétiques, une réunion d'information publique portée par l'association Acquasole se tiendra le 12 novembre au Parc de Saleccia, à 17h30.