Lundi 10 mai 2021

La mort annoncée de la Préfectorale qui ne passe pas

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Sous-Préfet Farge
Le premier ministre Jean Castex a déclenché la polémique en annonçant il y a quelques jours la suppression du corps électoral, avant de tempérer ses propos le lendemain en soulignant que cette réforme ne concernait pas la fonction. Cette décision a été dévoilée après que Jean Castex se soit entretenu en visioconférence avec les préfets et sous-préfets.

Tout juste 1 mois après l'annonce par Emmanuel Macron de supprimer l'École Nationale d'Administration, cette nouvelle annonce de l'Éxécutif suscite craintes et critiques.

« Cette réforme pourrait déboucher vers la création d'un corps unique des administrateurs de l'État, afin de favoriser des parcours plus ouverts et moins cloisonnés.L'ordonnance de la réforme dans sa version définitive doit être adoptée en conseil des ministres le 26 mai prochain » avance t-on mais ce n'est pas pour autant que les esprits s'appaisent.

Face à cette levée de boucliers, le premier ministre Jean Castex et le ministre de l'intérieurGérarld Darmanin ont tenté ces dernières heures de calmer le jeu et de rassurer la Préfectorale qui ne cache pas ses inquiétudes.

« Le Gouvernement va supprimer le corps des préfets tout en maintenant la fonction » a confirmé Matignon auprès de l'AFP.

Outre les membres de la Préfectorale, cette annonce a provoqué de nombreuses réactions auprès des politiques.

Nombreux sont ceux à voir à travers cette réforme qui rappelons-le vient après la suppression de l'ENA .

« Démantèlement de l'État », « affaissement de l'autorité » sont des critiques qui reviennent régulièrement.

 

Les préfets et les sous-préfets, et l’ensemble de la fonction publique malmenée par cette réforme démagogique et hâtive, ne doivent pas désespérer de la République, et tenir bon.

 

Xavier Bertrand, Président de la Région des Hauts de France, candidat à l'élection présidentielle et ami de la Corse et de la Balagne n'a pas mâché ses mots en martelant que « cette réforme doit être purement et simplement abandonnée ».

Et d'ajouter : « La suppression de ce corps est une erreur grave. Elle conduira directement à la cooptation et à la politisation. Je suis déterminé à ne pas laisser prospérer cette entreprise de destruction systématique de tout ce qui maintient encore l’État.

La gestion de l’ordre public requiert des qualités de patience, d’autorité parfois, de négociation souvent, qui ne s’acquièrent que par l’expérience : le maintien de l’ordre, qu’il s’agisse de manifestations ou d’émeutes, les relations avec les élus locaux, avec le monde agricole, avec les intérêts économiques, avec les partenaires sociaux, le conseil du gouvernement avec franchise et loyauté, tout cela ne s’improvise pas. C’est pourquoi je suis très attaché à la forme de « compagnonnage » que représente le recrutement des Préfets, pour l’essentiel, parmi des sous-préfets ayant appris la complexité de leur métier sur le temps long.

Ne nous trompons pas de débat. Sous couvert de « modernisation », de « fluidité managériale », de « passerelles administratives », la réforme décidée par le gouvernement ne vise qu’à renforcer la possibilité de nominations politiques, pour ne pas dire clientélistes. Elle encouragera les comportements de courtisans et d’intrigants incompatibles avec l’éthique d’une administration publique efficace et tournée vers l’intérêt public.

Elle affaiblira donc l’Etat, à un moment où le pays traverse une crise sanitaire sans précédent, qu’il se prépare à une crise économique et sociale déjà largement ouverte, et que l’insécurité explose.

Elle vise aussi à désigner à l’opinion publique des boucs émissaires de l’incapacité du Président de la République à mener à son terme la moindre réforme : le corps préfectoral, et plus largement l’ensemble de la haute fonction publique. Ce qui est d’autant plus facile à faire que leur statut leur impose la discrétion et le silence. Jamais je n’accepterai que le pouvoir politique se défausse de ses échecs sur ceux qui sont chargés de mettre en œuvre des décisions brouillonnes, mal-pensées et coupées des réalités des Français.

 

Et de conclure :

 

« Les préfets et les sous-préfets, et l’ensemble de la fonction publique malmenée par cette réforme démagogique et hâtive, ne doivent pas désespérer de la République, et tenir bon. Leur contribution au bon fonctionnement de l’État et des services publics est infiniment plus précieuse que les petites manœuvres politiciennes auxquelles se livrent, par calcul et faiblesse, ceux qui sont censés gouverner la France ».