Orezza : une eau corse aux vertus historiques, entre tradition et modernité
Selon la tradition, des figures historiques comme Pascal Paoli venaient régulièrement effectuer des cures à Orezza. À l’époque, l’eau était consommée comme un véritable traitement médical. Des prescriptions précises étaient même établies : un demi-verre certains jours, un verre entier d’autres, dans le but de lutter notamment contre l’anémie, souvent liée au paludisme.
Au XIXe siècle, l’eau d’Orezza connaît un véritable essor. En 1856, elle est officiellement reconnue comme eau minérale naturelle, puis déclarée d’intérêt public dix ans plus tard. Cette période marque son âge d’or : mise en bouteille, transportée au-delà de la région et au cœur d’une activité économique florissante, elle attire de nombreux curistes. Le village de Stazzona, situé à proximité, est même surnommé « le petit Paris » en raison de l’afflux de visiteurs.
L’eau se distingue alors par sa composition unique : naturellement gazeuse et très riche en fer, avec près de 23 milligrammes par litre, ce qui en fait l’une des eaux ferrugineuses les plus riches au monde. Son goût particulier, à la fois acidulé et légèrement piquant, devient sa signature.
Cependant, à partir du XXe siècle, l’évolution des réglementations impose des changements. Le fer est progressivement retiré lors du traitement de l’eau, transformant ainsi son usage. D’une eau médicinale, elle devient une eau de consommation courante, plus accessible mais différente de celle consommée directement à la source.
Malgré ces évolutions, l’eau d’Orezza conserve une identité forte et un héritage unique. Fermée puis relancée grâce à l’implication de figures engagées, l’entreprise témoigne de la volonté de préserver ce patrimoine. Aujourd’hui encore, avec plus de 170 ans d’histoire officielle, elle reste un symbole vivant du savoir-faire et de la richesse naturelle de la Corse.
Théo Métayer