Mardi 15 juin 2021

L'autorité parentale, un des enjeux du procès de Julie Douib

Image
PROCÈS DOUIB
L'un des enjeux de l'audience, au-delà de la peine encourue, c'est la question de l'autorité parentale des deux enfants de Julie et Bruno, âgés aujourd'hui de 10 et 12 ans. Le juge pénal peut en effet décider le retrait total de l'autorité parentale de Bruno Garcia-Cruciani en cas de condamnation pour le meurtre ou l'assassinat de Julie Douib.

L'audience de ce mardi a repris avec l'interrogatoire de l'accusé.

« Je ne vais pas me positionner en victime, je vais faire ma peine quand vous aurez pris votre décision, le tout c'est de ne pas faire le procès de l'exemple comme il se dit » prévient Bruno Garcia-Cruciani jugé pour avoir ôté la vie à son ex compagne Julie Douib, mère de leurs deux enfants.

Et de poursuivre : « Mes deux enfants, ça fait deux ans et deux mois que je n'ai pas entendu leurs voix, qu'ils n'ont pas entendu celle de leur père. Je sais que je leur ai enlevé leur mère. La priorité, c'est eux et ça l'a toujours été. Le plus important pour moi, c'est vraiment de ne pas laisser mes enfants. Je vais tout faire pour eux et pour ne pas les abandonner ».

Interrogé sur l'enregistrement sonore capté par Julie, l'accusé répond : « Il y a eu des paroles violentes. Oui, Julie a eu une relation cachée. Je vais assumer mes actes. Pour ce que vous avez entendu je m'en excuse ».

Dans le nuit précédent le drame, Bruno Garcia-Cruciani est soupçonné d'avoir rodé près du domicile de Julie.

C'est ce qu'il a confié en cellule à sa sœur Nadine, ce qu'il conteste aujourd'hui. Il conteste aussi avoir exhibé une arme devant son beau-frère et d'avoir tiré en l'air à deux reprises, dans le jardin.

C'est une coïncidence que l'on retrouve justement un des deux étuis percuté qui correspond aux deux cartouches marquantes ? » demande la juge.

Et enchaîne : « Qu'est ce que vous pouvez me dire sur les recherches effectuées sur internet concernant les peines encourues pour homicide  et les départs à l'étranger ? ».

     - « Dans la rue de la salle de sport il y a eu une fusillade, je connais les jeunes. Sur le voyage en Thaïlande oui ça m'a traversé l'esprit de partir avec mes enfants. C'était conflictuel. Les enfants, quand ils me demandaient je répondais présent et je n'ai pas attendu 2018 pour me racheter une conduite » répond Bruno.

« Pourquoi et quand avoir donné les carnets de santé et pièces d'identités à Josiane ? »

     - « Ces documents bougeaient tout le temps, ils étaient à droite à gauche. Je les aient déposé le samedi ».

« C'est une coïncidence de les avoir déposés la veille » reprend la présidente ?

     - « Oui ».

« Sur écoutes en cellule, vous avez dit à Josiane P : « tu n'aurais jamais dû donner les papiers des enfants, ils ne seraient jamais partis ».

     - « Leur grand-père ne voyait les enfants qu'une fois par an. Mes enfants, là où ils seront bien, je les laisserai. S' ils m'appellent pour me dire qu'ils sont bien chez Papy et Mamie, je les laisserai mais c'est impossible ».

 

Vous avez enlevé une mère à des enfants, vous avez aussi enlevé une fille à des parents, à un frère, vous avez quelque chose à leur dire » demande le premier assesseur. « Non je n'ai rien à leur dire » répond l'accusé

L'accusé nie ensuite d'avoir menacé Julie de la tuer.

Les réactions fusent dans la salle. La présidente intervient pour demander le calme.

À l'évocation d'un dossier avec pas moins de 37 clichés d'hématomes sur le corps de Julie, Bruno Garcia-Cruciani reparle d'une relation conflictuelle mais conteste les coups.

« Mon fils va avoir 13 ans et je vais lancer une procédure pour le récupérer. On sait que si je me rapproche de mes enfants ils rentreront en Corse, ils ne resteront pas à Paris ».

La tension monte encore un peu plus après que Bruno Garcia-Cruciani ait affirmé qu'il ne devrait « pas être là et elle devrait encore être ici. Les excuses et les regrets, je les ferai à mes enfants quand je pourrais les avoir ».

« Vous aviez dit vendredi que vous assumiez, que vous ne vous placiez pas en victime mais vous seriez victime de quoi Monsieur Garcia ? ».

« C'est pour que ce que je dis ne soit pas mal interprété » rétorque l'accusé.

«  Sur les interceptions téléphoniques à la Maison d'Arrêt vous avez eu des propos très durs sur Julie ? ».

     - « Quand vous êtes en prison Madame la présidente, c'est à se taper la tête contre les murs de ne pas avoir de nouvelles de vos enfants, tout s'effondre ».

Sur l'histoire des faux comptes Facebook créés pour discréditer Julie et menacer Sébastien son nouveau compagnon, l'accusé répond qu'il n'a rien à dire là dessus.

La présidente reprend : « Vous avez enlevé une mère à des enfants, vous avez aussi enlevé une fille à des parents, à un frère, vous avez quelque chose à leur dire » demande le premier assesseur.

     - « Non je n'ai rien à leur dire ».

«  Le samedi soir vos enfants ont indiqué qu'ils vous avez vu tirer avec un silencieux ».

     - « Non » répond Bruno.

«  Donc les enfants mentent? ».

     - « Non je dis pas qu'ils mentent, je dis rien ».

« Votre cadet, quand il est interrogé montre toute l'innocence d'un enfant de 8 ans qui ne comprend pas pourquoi vous tirez dans le jardin » rétorque l'avocate générale qui a la voix qui s'enraye.

Les interrogations sur les témoignages des enfants se poursuivent et les réponses restent aussi évasives.

« Quand vous dites que vous allez redresser les témoins, ça veut dire quoi ? »

     - « Tout le monde s'est amusé, il y a eu des insultes, des menaces ».

«  C'est vous qui êtes injurieux et menaçant ».

     - « C'est jamais gratuit ».

«  Vous l'avez assassiné gratuitement ou il y avait un prix derrière » reprend l'avocate générale.

« Vous avez dit à la marche blanche que Lucien Douib n'avait pas donné l'impression d'avoir perdu sa fille. Est-ce qu'hier Monsieur Douib, Mme Douib et son frère vous ont donné l'impression de perdre leur fille, leur soeur » ?.

L'accusé reste de marbre. S'en est trop pour Jordan qui quitte la salle.

« Quand vous dites que Julie a placé volontairement une bombe lacrymogène qu'elle a cherché à vous piéger, alors que c'est vous qui l'avez piégé, est-ce que ce n'est pas de la paranoïa comme le dit l'expert? ».

« Vous m'avez demandé si j'ai vu de la peur, oui, mais mon but c'est de de m'occuper de mes enfants. Leurs grands parents doivent savoir que si je m'approche de mes enfants, ils voudront rentrer en corse » répète l'accusé.

« La chance de Sébastien G. c'est qu'il n'y était pas le dimanche 3 mars, sinon vous lui auriez mis une balle en pleine tête. C'est ce que vous dites après la mort de Julie depuis votre cellule. Est-ce que ça n'atteste pas d'une intention de tuer ? ».

« Si j'avais voulu le faire, je l'aurai fait le samedi soir au cinéma » répond Bruno Garcia – Cruciani.

« Est-ce que vous nous dite ce que vos enfants ont vu et entendu ? »

     - « Ils ont entendu n'importe quoi » 

« C'est de la violence qu'ils ont entendu ? »

     - « Oui »

« C'est le sang de leur mère qu'ils ont vu sur votre pantalon, oui ou non ? »

L'accusé refuse de répondre.

L'avocat de la défense tente en trois questions à son client de montrer que la colère de Bruno Garcia – Cruciani s'est transformée, canalisée.

Un dernier témoin, ami de l'accusé, témoigne pour dire qu'il n'a pas vu de violences.

Après une pause, l'audience reprenait à 15 heures.

L'une des deux sœurs de Bruno Garcia – Cruciani était entendue sur la personnalité de son frère, avant que la présidente donne lecture de certaines pièces, dont une plainte pour violence de Julie Douib.

Les plaidoiries de la partie civile devaient suivre.

On l'a dit en introduction, l'un des enjeux de l'audience, au-delà de la peine encourue, c'est la question de l'autorité parentale des deux enfants de Julie et Bruno, âgés aujourd'hui de 10 et 12 ans. Le juge pénal peut en effet décider le retrait total de l'autorité parentale de Bruno Garcia-Cruciani en cas de condamnation pour le meurtre ou l'assassinat de Julie Douib

Texte Gilbert Guizol