Vendredi 24 septembre 2021

Le transport scolaire véritable casse-tête des lycéens balanin inscrits à Bastia

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transport scolaire
Ils sont une centaine de lycéens de Balagne inscrits dans des établissements scolaires de Bastia à être les grands « oubliés » du transport scolaire. Cette gratuité des transports voulue par la Collectivité de Corse n'a malheureusement pas cours pour la microrégion de Balagne. Nombreux sont en effet les parents à prendre la route chaque lundi matin pour accompagner leurs enfants à Bastia et à revenir le vendredi à la maison. Ce problème n'est pas nouveau et nombreux aujourd'hui sont ceux à manifester leur agacement au point d'envisager des actions sur le terrain si leur cri d'alarme reste sans réponse.

En cette période de rentrée scolaire, les parents d’élèves de Corse peuvent se rendre sur le site internet de la Collectivité de Corse, dans un espace dédié aux transports scolaires, pour demander la carte de transport pour leurs enfants. Le premier paragraphe rappelle d’ailleurs que : « La collectivité de Corse, forte de ses compétences élargies en matière de transports scolaires, assure l’organisation et le fonctionnement des transports scolaires sur le territoire (hors CAB et CAPA), par autocars et trains. Elle transporte 8000 élèves / jour de la maternelle au lycée ». Il est ajouté qu’en avril 2021 la gratuité des transports scolaires a été reconduite pour la période 2021-2022...

Dans un paragraphe dédié, ils précisent également qu’il existe une indemnité kilométrique pour couvrir les frais de transport individuel des parents, lorsque aucun transport n’existe entre le domicile et l’établissement de l’élève. Cette indemnité serait de l’ordre de 25cts/km avec un plafond de 50€/AR, et limitée à une seule indemnité par famille. Néanmoins, aucune communication sur cette indemnité n’est faite auprès des parents d’élèves qui sont nombreux finalement à ne pas la demander par ignorance.

Tout semble donc mis en place pour répondre aux besoins des élèves de Corse et leur assurer un accès équitable au transport scolaire gratuit sur notre île. 

Mais voilà, depuis la réforme du Bac en 2019, et la mise en place des spécialités à partir de la classe de seconde, nombreux sont les élèves qui doivent s’éloigner de leur lycée de secteur, et de leur domicile, pour aller dans un lycée proposant la ou les spécialités souhaitées. 

Tel est le cas de nombreux lycéens de Balagne pour cette nouvelle année scolaire. Mais le cas existait déjà avec les lycéens du Lycée maritime de Bastia par exemple. 

Ainsi, nous pouvons compter près d'une centaine de lycéens scolarisés dans les lycées Bastiais.

Des horaires de trains qui ne sont pas adaptés

Or ces lycéens ne disposent pas à ce jour d’un transport scolaire dédié pour leur permettre de se rendre dans leurs établissements le lundi matin à 8h et de rentrer chez eux en quittant Bastia à 18h à la fin des cours de la semaine. 

La seule offre disponible mise en place par la collectivité est le train qui quitte Calvi à 6h40 et arrive à 9h43 à Bastia le lundi, et celui qui part de Bastia le vendredi à 17h22 pour arriver à 20h40 sur Calvi!

Évidemment cette offre implique soit une adaptation des plannings pour les établissements (mais est-ce vraiment leur rôle ?), soit que les élèves ratent des heures de cours… 

Ainsi, chaque lundi matin, les parents de ces élèves doivent amener leurs enfants sur Bastia, si bien entendu leur activité professionnelle le leur permet, ou trouver un moyen de le faire.

Alors bien sûr, avec une indemnité kilométrique de 50€/AR, versée en 3 fois dans l’année, cela peut paraître suffisant pour certains, mais est-il normal qu’un contingent de près d'une centaine d'élèves soit réduit à utiliser le « système D » pour se rendre dans leurs lycées, alors que dans le règlement territorial du transport scolaire, il est écrit (chapitre III  caractéristiques du réseau territorial de transports scolaires  - alinéa 1) : « L’effectif minimal pour la mise en place d’un nouveau circuit de transport scolaire est de 5 enfants minimum sur la totalité du circuit pour un parcours simple d’au moins 3 kms du point de départ du circuit jusqu’à l’établissement scolaire desservi ». 

Il existe bien un bus de transport scolaire qui effectue la liaison entre Ponte-Leccia et Bastia, sauf que le contingent de Balagne n'est pas répertorié, et quand bien même si c'était le cas, cela impliquerait malgré tout aux parents d'accompagner leurs enfants jusqu'à Ponte-Leccia !

Faute de prise en charge de leurs enfants, les parents d'élèves qui en ont les moyens ont fait appel à un transporteur privé moyennant une somme de 280€ par enfant et par trimestre

Avec cette centaine d'élèves, force est de constater que nous sommes à 14 fois le minimum demandé, mais cela ne justifie pas apparemment la mise en place d’une ligne pour ces lycéens.

Alors certains parents d’élèves se sont mobilisés face à cette absence de prise en charge de leurs enfants, et ont sollicité le transporteur privé qui possède déjà une ligne régulière Calvi – Bastia afin que celui-ci accepte de décaler ses horaires pour permettre aux enfants d’être à l’heure pour leurs cours le lundi matin, et de repartir à la fin des cours le vendredi soir. 

« Donc depuis quelques jours, un transporteur privé se substitue à la Collectivité de Corse, en prenant un risque financier, pour assurer le transport de ces lycéens oubliés du système. Mais tout n’est pas parfait, car l’entreprise de transport doit logiquement rentabiliser son outil, et donc ce transport n’est pas gratuit pour les familles de ces lycéens. Celles-ci devront s’acquitter de 12€ / voyage dans le cadre d’un abonnement trimestriel, soit 288€ par élève et par trimestre. De fait, nombre de famille se retrouvent dans l’impossibilité de payer cette somme et reviennent donc à la case départ » nous confie l'un d'eux, avant d'ajouter :

« À cela s’ajoute une question : l’allocation kilométrique prévue pour indemniser les parents d’élèves qui ne bénéficient pas de ligne de transport scolaire, est-elle applicable dans ce cas de figure ? Celle-ci étant plafonnée à 50€/AR, ce qui correspondrait à l’indemnité pour un Calvi – Bastia aller et retour (> 200 KM à 25cts/km), elle représenterait alors plus du double du prix demandé par le transporteur privé. Ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser cet argent pour organiser avec un transporteur privé, la mise en place d’un véritable service dédié et encadré par la réglementation des transports scolaires ? ».

À cet effet, le règlement territorial du transport scolaire prévoit la possibilité de confier, par délégation, un circuit scolaire à un organisateur secondaire dans son chapitre V. 

Rétablir les valeurs d’équité des transports scolaires, et encourager à la préservation de notre environnement

Compte tenu des chiffres évoqués ci-dessus, non seulement cela pourrait permettre d’assurer un transport pérenne et serein à ces lycéens (et leurs parents) dont le nombre ne va faire qu’augmenter au fil des années, mais aussi de permettre à la CDC de faire des économies en remplaçant le montant des indemnités par celui du coût d’un transport en commun bien inférieur, et moins polluant au final, en tout cas bien moins que toutes ces voitures des parents lancées sur la route tous les lundis et vendredis qui accompagnent leurs enfants de Balagne à Bastia, et inversement le vendredi pour le retour. Cela n’est sans doute pas la meilleure des formules pour lutter contre la pollution et surtout, c’est le pire des exemples pour notre jeunesse.

« Il est de notre responsabilité de citoyen d’être solidaire des parents d’élèves, de ne pas abandonner notre centaine d’enfants, pour rétablir les valeurs d’équité des transports scolaires, et d’encourager à la préservation de notre environnement. Cela devient très inquiétant » fait observer un père de famille avant de conclure : « Bien évidemment, nous avons alerté de cette situation la conseillère territoriale de la majorité à Calvi et fait part de notre inquiétude à d'autres élus mais pour l'heure nous n'avons eu aucun retour. Il est dommage de constater que nombres d’élus et personnes publiques se plaisent à prendre position sur des sujets très politiques, comme le tourisme, la langue ou la spéculation immobilière, mais qu’aucun ne s’inquiète des difficultés de ces élèves pour se rendre à l’école chaque semaine, et qui ne sont sûrement pas les seuls en Corse à devoir se débrouiller face à un système qui les a oublié. Messieurs les élus, et décideurs, puisque le bien-être au quotidien de vos administrés est votre priorité, merci de prendre en considération ce cas typique de dysfonctionnement, et d’y apporter une réponse à la hauteur de vos prérogatives. Nous espérons avoir rapidement une réponse à notre cri d'alarme. Nous espérons que le bon sens l'emportera ». 

Tous aujourd'hui espèrent qu'une solution à leur problème soit rapidement  trouvée mais si tel n'était pas le cas, ils envisageront des actions sur le terrain.

Gilbert Guizol