Samedi 2 octobre 2021

L'Isula : Si n'hè andatu « Bastien » Mazzi

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Bastien mazzi
Figure emblématique de la cité paoline, issu d'une famille de pêcheurs, Sébastien Mazzi s'est éteint hier matin à l'âge de 75 ans. Ses obsèques seront célébrées le lundi 4 octobre à 10h30 en l'église de l'Immaculée Conception à l'Ile-Rousse.

C'est un immense voile de tristesse qui a enveloppé hier matin la cité paoline à l'annonce du décès à l'âge de 75 ans de Sébastien Mazzi survenu à son domicile, entouré de l'amour des siens.

La triste nouvelle s'est rapidement répandue hier matin sur le champs de foire dont la 192ème édition allait être inaugurée. Une foire pour laquelle Sébastien a beaucoup oeuvré, n'hésitant pas notamment à préparer une soupe de poissons dont il avait le secret et dont tout le monde se délectait.

La mer était son univers, toute sa vie. Il se levait chaque jour face à elle, scrutant le large, vivant avec elle et pour elle.

Pourtant, celle-ci a été cruelle avec lui. En 1962, alors qu'il n'avait que 16 ans, une terrible tempête qui sévissait en Corse a emporté à jamais son père et son son frère. Une disparition, un vide qui restera comme une plaie profonde, mais qui lui forgera aussi une carapace pour affronter les épreuves de la vie.

Passionné, attiré par la mer, il s'engagera dans la Marine Nationale au sein de laquelle il effectuera une brillante carrière durant une quinzaine d'années pour finir au grade de Maître Principal. Une carrière dont il parlait avec beaucoup de modestie mais qui restera un temps fort de sa vie au point d'endosser son uniforme pour son dernier voyage.

C'est à Toulon qu'il devait rencontrer Aline, celle qui deviendra son épouse et qui donnera naissance à une fille, Sandrine qu'ils vont chérir toute leur vie.

À l'heure de la retraite, de retour chez lui à l'Isula, Bastien ne se pose pas de question. Il reprendra la mer pour exercer le dur métier de pêcheur avec cette volonté de perpétuer dignement une tradition familiale.

Un métier exigeant, très dur, parfois impitoyable pour lequel il donnera tout, se privant parfois de belles choses de la vie et qu'il a accompli avec force, ardeur, courage et respect. Chacun le sait, il entretenait un rapport étroit avec la mer, propre à ceux qui travaillent au contact de la nature dans des conditions on l'a dit souvent difficiles. On avait toujours plaisir à le voir rentrer de pêche à bord de son bateau baptisé tout logiquement Sandrine, où encore installé sur le port à remailler ses filets et à consacrer des heures et des heures à ce métier de patron pêcheur.

Quelque part, sans jamais l'avouer, autour de cette passion pour la pêche, pour la mer, sans doute retrouvait-il un peu de son père qui lui a tant manqué tout au long de sa vie et de son frère avec qui il n'a pu partager ces moments si particuliers que peuvent avoir deux enfants liés par le sang.

Bastien était un homme de caractère, qui forgeait le respect, qui aimait son métier et qui avait un sens des valeurs. Une passion qu'il aimait à partager, avec les journalistes faisant souvent appel à lui, ou encore avec les enseignants et les étudiants à la recherche d'éléments sur la pêche. C’est ce lien intime au milieu, la finesse de ses explications, la justesse de son jugement et sa générosité dans la transmission qui en faisaient un témoin recherché... un passeur.

Victime d'un AVC il y a deux ans, Sébastien se faisait rare sur le port ou en ville. Diminué, il n'avait plus la force d'affronter une nouvelle épreuve comme celle-ci. Pour son épouse Aline, pour sa fille Sandrine, pour sa petite fille Elia qui étaient ses trois femmes, ses trois amours qu'il adorait par dessus tout et pour tous les siens, il a essayé de résister mais la force n'était plus là.

Sur le port sa silhouette d'homme robuste, bon vivant, fumant la pipe va beaucoup nous manquer. C'est une figure de la vie île-roussienne qui s'en va, laissant les siens et tous ceux qui ont eu le bonheur de le rencontrer dans une profonde tristesse.

« On gardera le souvenir d’un homme robuste, fier, fumant la pipe, le regard rivé vers le large. La formule de Baudelaire « Homme libre, toujours tu chériras la mer » semble avoir été écrite pour lui » dira de lui une personne proche lui rendant hommage.

Ses obsèques seront célébrées ce lundi 4 octobre à 10h30 en l'église de l'Immaculée Conception à l'Ile-Rousse.

En cette douloureuse circonstance, la rédaction de Stampa Paese, présente à son épouse Aline, à sa fille Sandrine et son gendre Christophe, à sa petite-fille adorée Elia et à toutes les personnes que ce deuil afflige, ses sincères condoléances.

Avvedeci o Bastien. Riposa in pace

Gilbert Guizol