Mardi 17 août 2021

Opération nocturne des LGBTI+ à Macinaghju

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lgbt macinaghju
Un mois après l'agression dont a été victime un couple homosexuel à Macinaghju, des collectifs unis et solidaires de LGBTI+ ont menés la nuit dernière une action symbolique devant l'établissement où les deux hommes, Mickaël et David affirment avoit été victimes d'insultes homophobes avant d'être agressés et roués de coups à l'extérieur par un groupe de jeunes gens. À visage découvert, avec humour, légèreté et dérision, les LGBTI+ ont décidé lors de leur équipée nocturne de customiser la devanture du bar à vin en apposant des banderoles et en faisant briller les couleurs arc-en-ciel.
Alors qu'une procédure judiciaire est toujours en cours, un appel à manifester le samedi 22 août à 19 heures devant le Palais de Justice de Bastia est également lancé.

Le 14 juillet dernier, Mickaël Gaspar et son compagnon Benoît David âgés respectivement de 43 et 33 ans ont été victimes d'insultes homophobes alors qu'ils se trouvaient à l'intérieur d'un établissement de la marine de Macinaghju, commune de Rogliano.

Un peu plus tard, à l'extérieur de l'établissement, les deux hommes ont été agressés et roués de coups par un groupe de jeunes gens. Souffrant tous les deux d'une fracture du nez et de contusions diverses, les deux victimes étaient conduites par l'ambulance des pompiers vers le Centre Hospitalier de Bastia alors que les Gendarmes étaient sur place. Une troisième victime qui les accompagnait a également été blessée à une arcade mais refusait d'être hospitalisée.

Devant la gravité des faits, le lendemain le couple déposait plainte auprès de la gendarmerie et le parquet ouvrait une enquête pour « violences volontaires avec ITT inférieure ou égale à 8 jours en réunion et à raison de l'orientation sexuelle des victimes ».

Cette affaire avait suscité de nombreuses réactions, dont celle du préfet de Haute-Corse qui condamnait fermement.

Sur les réseaux sociaux on pouvait lire de nombreuses condamnations mais aussi des réactions de personnes ou associations contestant le déroulement des faits.

Un mois après l’agression, la pression n'est toujours pas tombée dans cette affaire largement reprise dans les médias nationaux, mais aussi associations et collectifs LGBTI+ qui se battent contre l'homophobie et qui combattent toutes les discriminations et violences qui y sont liées et qui sont pour tous inacceptables.

Une manifestation le 22 août à Bastia

Hier en début de soirée, plusieurs militants de ces associations se sont réunis dans un établissement du vieux port de Bastia pour faire le point, échanger et décider des actions à mener pour dire « Non à l'homophobie » et à toutes sortes de violences. Il a aussi été décidé d'organiser une manifestation à Bastia le dimanche 22 août. Le rassemblement aura lieu à partir de 19 heures devant le Palais de justice de Bastia.

« Notre association ARCU – LGBTI+ Corsica a été créée il y a maintenant deux ans en soutien aux victimes et pour la lutte contre l'homophobie qui hélas se perpétue sur notre île. Ce lundi soir, plusieurs collectifs et personnes indépendantes se sont retrouvées dans un établissement bastiais pour discuter et voir quelles actions nous pourrions mener pour lutter contre cette homophobie et transphobie, mais aussi pour briser l'omertà et nous élever contre les impunités. Nous avons décidé d'organiser une manifestation le dimanche 22 août à partir de 19 heures devant le Palais de justice de Bastia. L'idée c'est d'être visible, d'être brillant ensemble, histoire de se rencontrer, d'échanger, de défendre nos droits à la différence mais aussi de renforcer les liens. Cette violence très directe ou physique comme l'on a pu voir à Macinaghju ou ailleurs ne doit plus exister » commente Mattea, avant de laisser la parole à Marc-Antoine.

Quand il y a une agression comme celle de Macinaghju, avec des faits avérés, des preuves, des témoins, ce que nous voulons c'est que ce ne soit pas systématiquement remis en question et que la société ne se mette pas des oeillères

« On a initié ces échanges et discussions à la suite de l'agression de Macinaghju tout en souhaitant enclencher un travail de sensibilisation, de visibilité sur les problèmes que les personnes LGBTI+ rencontrent en Corse. Une demande d'autorisation a été déposée pour cette manifestation du 22 août.

Parmi nos revendications, la première priorité c'est que quand il y a une agression homophobe, devant un public, comme ce fut le cas le 14 juillet, celle-ci ne soit pas constamment remise en cause ou encore minimiser les faits comme c'est le cas ici et ailleurs ou encore détourner le regard sur autre chose qu'une agression homophobe.

Quand il y a une agression de ce type, avec des faits avérés, des preuves, des témoins, ce que nous voulons c'est que ce ne soit pas systématiquement remis en question et que la société ne se mette pas des œillères. Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités, qu'ils s'engagent dans les commissariats de Police à ce que les personnels soient formés et aptes à accueillir des publics LGBTI+ et les encourager à déposer plainte. Ce que nous regrettons aussi c'est qu'il n'y ait pas eu de condamnation ferme de certains de nos élus dans cette affaire de Macinaghju. Comme cela a été dit, la justice a été saisie et nous avons confiance en elle pour que toute la vérité éclate sur cette affaire du Cap Corse. Il faut que tout soit mis en œuvre pour gommer ce sentiment d'impunité qui existe de nos jours.

Nous sommes beaucoup de corses LGBTI+ à quitter notre terre pour suivre nos études sur le continent, à Aix-en-Provence ou ailleurs. Ce qui nous pousse aussi, c'est de vivre notre vie le plus sereinement possible ailleurs, et ça c'est un gros problème. On ne devrait pas partir pour ça. C'est plus possible de continuer comme ça, on a envie de vivre normalement sans offenser qui que ce soit. Clairement il faut que ça cesse et nous devons tout faire pour encourager les personnes qui vivent des agressions, en Corse ou ailleurs, d'en parler le plus possible, de porter plainte, d'en parler aux associations. C'est déjà assez compliqué comme ça, il y a la crainte d'en parler à sa famille, à ses copains, au collège ou au lycée. Quand on porte plainte, il y a toujours la médiatisation qui s'enclenche et qui fait peur. Parfois ça peut être encore plus violent que l'agression par elle-même. Pour exemple, quand il y a eu l'agression de Macinaghju, nous avons pris la défense des victimes sur les réseaux sociaux et sur nos supports. Ce que l'on a vu c'est un déferlement de violence,  d'intimidation et de menaces et bien évidemment pour la plupart du temps de comptes anonymes ».

Gilbert Guizol