Procès Douib à Bastia : « Julie était une bonne maman »
Pour la famille Douib, malgré ce week-end de répit, cette nouvelle épreuve des audiences qui ont repris ce matin s'est avérée à la limite du supportable.
Une journée consacrée à la personnalité de l'accusé avec plusieurs témoignages dont certains très bouleversants.
Josiane P, 69 ans, retraitée, « Tata de cœur de l'accusé » précise que la veille il y avait eu un repas familial et qu'elle connaît Bruno depuis l'âge de 12 ans qui a eu une enfance difficile avec un père « un peu nerveux » et avoue être en colère et ne pas comprendre encore aujourd'hui ce geste. « Avec Julie ils étaient heureux, ma porte leur était tout le temps ouverte. Julie était très souriante et était une bonne maman. Des disputes, oui sans doute, il y en avait, comme tous les couples peuvent en traverser ».
Et de poursuivre : « J'ai essayé d'aller le voir en prison pour comprendre mais il n'a pas voulu me répondre. Bruno c'est quelqu'un qui ne parle pas ».
Le ton se durcit, l'atmosphère est plus tendue lorsque est évoqué la veille du drame où Bruno a déposé ses deux enfants chez Josiane.
À la question de la présidente de savoir comment était Bruno Garcia ce soir là, quel était son comportement, a t-il parlé de Julie ?Josiane répond qu'il était comme à son habitude et qu'elle n'avait rien remarqué. Pourtant la présidente insiste en lui demandant si ce soir-là il avait porté du rechange pour les enfants qui devaient passer la nuit avec elle.
« Oui, il y avait un sac avec des affaires et les papiers des enfants et ceux de Julie ».
L'intervention de la partie civile fusait : « C'est un élément qui pourrait aller dans le sens de la préméditation. L'accusé préparait sans doute sa fuite avec ses enfants ».
Dans le box, Bruno Garcia baisse la tête.
Josiane insiste sur la peur de Bruno d'être séparé des enfants et dit avoir entendu parler des plaintes, comme tout le monde !
Si je viens à disparaître, allez me chercher dans les fondations de la maison du village
Roseline se présente à la barre pour parler de ses 11 années d'amitié avec Julie. « C'était une femme exceptionnelle, elle était belle, elle était gentille, peut-être trop même. Elle ne laissait rien paraître, elle voulait protéger ses enfants. Julie me répétait « Il va me tuer » et je lui répondais « non il ne fera pas ça ».
Roseline se souvient aussi de ce jour où Julie faisant référence à des propos de Bruno : « Si je viens à disparaître, allez me chercher dans les fondations de la maison du village ».
Des violences psychologiques, et des scènes de rabaissement , d'intimidation, de jalousie et les exigences de Bruno le sont aussi.
Étaient ensuite entendus Nadine la sœur de l'accusé et Christophe son beau-frère, dans un premier temps poursuivis pour complicité avant d'être blanchis.
Les deux nieront avoir été au courant des intentions de Bruno.
Pourtant, c'est ce dernier qui a invité le couple résidant à Toulon à venir passer le week-end en Corse avec les enfants et en prenant à sa charge les frais.
« Ça peut choquer mais on était au mauvais endroit au mauvais moment » affirme la sœur de Bruno qui répète que c'est une tragédie, avant de préciser qu'elle était en mauvais terme avec son frère pendant une dizaine d'année et qu'ils s'étaient réconciliés lors du décès de leur maman en 2018.
Puis elle revient sur ce repas de famille la veille du drame. Un repas qui selon ses dires s'est passé normalement, comme d'habitude et qu'il n'a pas été question de la séparation entre lui et Julie. Et d'ajouter : « Il est parti 10 mn avant nous pour allumer le chauffage dans la maison ».
Des témoins affirmeront que ce soir-là Bruno a été vu rôdant autour du cinéma où Julie se trouvait.
Le jour du drame, Nadine précise : « Il est arrivé à la maison, j'ai vu que mon frère avait une tache de sang sur son visage et aussitôt il a dit à mon mari : « Emmène moi à la Gendarmerie, emmène moi à la gendarmerie ». J'avais rien contre Julie, c'était une mère de famille comme moi, je ne peux pas cautionner ça ».
L'avocate des enfants de Julie souligne les incohérences dans la déposition de Christophe, notamment quand il affirme que Bruno a embrassé l'aîné de ses enfants avant de se rendre à la gendarmerie mais pas le plus petit.
Me Jean-Sébastien de Casalta interroge : « La veille des faits il vous a dit : « Si je les attrapent ensemble Julie et son prof de sport je vais les massacrer ».
Oui admet Christophe « mais je n'aurai jamais pensé qu'il ferait ça à sa famille ».
La douleur des parents Violette et Lucien et du frère Jordan
Après le déjeuner, c'est Julie, 40 ans, amie de Julie Douib depuis 2011 qui venait témoigner pour dire que cette affaire a marqué sa vie et celle de ses enfants. « Tous sont unanimes pour dire que Julie était une bonne maman et elle a tout fait malgré l'interdiction pour voir ses enfants en cachettes pour pas qu'ils pensent qu'elle pourrait les abandonner ».
Elle parle aussi de scènes de violence sur le parking de l'école, au stade , de plainte, de harcèlement avant d'arriver à ce terrible moment où avec deux autres amies elle a dû annoncer que leur papa avait tué leur maman.
« Les psychologues nous ont demandé de leur annoncer cette terrible nouvelle séparément. Au moment où on annonçait ça au plus jeune, on a entendu les cris de douleur de l'aîné et on a entendu cette phrase terrible : « Il l'a fait ce con, il l'a fait ». Je me souviens aussi de leurs questions le jour de la marche silencieuse ».
Le témoignage de Sandrine, voisine de Bruno et de Julie ira dans le même sens, avec à chaque fois cette violence au cœur des interventions.
Les témoignages des parents de Julie et de leur fils Jordan devaient suivre. Tous affirment comme depuis le début qu'ils n'ont rien vu venir et qu'ils ne soupçonnaient pas le calvaire enduré par leur fille et la sœur.
La journée de demain sera consacrée aux plaidoiries.
Texte Gilbert Guizol. Photo Kevin Guizol / Eyefinity Prod