Procès Julie Douib : Il y a bien eu trois coups de feu tirés
Une nouvelle journée éprouvante pour les parents de Julie Douib.
La matinée a été consacrée aux auditions des médecins légistes et des experts balistiques.
Des auditions pas faciles à entendre pour les membres de la famille, notamment lorsque le médecin légiste a estimé que l'agonie de leur fille a duré quelques minutes et que contrairement à ce qui a été avancé la veille, il n'excluait pas qu'il y ait eu trois tirs ! Bouleversé, le père Julie Douib, devait plusieurs fois quitter la salle avant de revenir.
La présidente Véronique Maugendre devait ensuite donner lecture du rapport de l'expert informatique. Dans celui-ci on retrouve pas moins de 309 traces de navigation sur internet entre le 6 février et le 1er mars 2019. Ces recherches concernaient des voyages pour un adultes et deux enfants vers l'Espagne, le Maroc, les Emirats Arabes Unis. 11 traces de navigation montrent aussi que Bruno Garcia – Cruciani s'est intéressé aux conditions pour partir vivre en Thailande !
Un deuxième médecin légiste témoigne en visioconférence qu'il a réalisé l'autopsie mais n'a pas participé à la reconstitution.
« Évidemment la plaie létale c'est la plaie au thorax » interroge la présidente. - « C'est bien ça » répond l'expert.
On l'aura compris, pour la cour, l'enjeu de cette audience du matin était de déterminer avec le plus de précision si l'accusé a visé délibérément le thorax de Julie Douib ou si sa blessure au thorax est due à « une balle traversante » qui a d'abord touché le bras pour finalement atteindre le thorax.
Une experte en biologie génétique explique ensuite que 3 profils ADN ont bien été retrouvés sur le silencieux de l'arme de Bruno Garcia-Cruciani : celui de l'accusé, de la victime et celui très minoritaire de son compagnon Sébastien, dont la présence peut s'expliquer par transfert.
Les débats se sont poursuivis pour éclaircir d'autres interrogations.
L'audience était suspendue le temps du déjeuner.
Pour la famille Douib et pour ses avocats, cette matinée devait aller dans le sens qu'ils espéraient.
Des images insoutenables
À la reprise de l'audience, un expert en morpho-analyse dévoile pour la toute première fois des des photos de la scène de crime. Sur la première, on voit la chambre des enfants avec un lit superposé et un bureau. C'est là que pour la première fois Bruno Garcia-Cruciani a tiré sur Julie. D'autres images montrent le trajet emprunté par Julie, de la chambre au balcon avec des traces de sang résultant du mouvement de balancier du bras gauche de la victime durant son déplacement. Des traces de sang que l'on retrouve sur le meuble TV et sur la porte-fenêtre jusqu'au balcon.
Ces images étaient insupportables pour la famille de Julie qui quittait la salle d'audience.
L'hypothèse privilégiée, c'est que Julie se déplace sur le balcon jusqu'au fond où se trouve le sèche-linge.
L'expert présente ensuite une photo du front de Julie avec une plaie. Il émet l'hypothèse d'un coup avec un objet contondant déjà évoqué au cours de l'audience.
Un interrogatoire difficile
Impassible dans son box, jusque-là muet, Bruno Garcia-Cruciani se lève pour répondre enfin à l'interrogatoire de la présidente.
« C'est la même chose que j'ai expliqué au cours de la reconstitution, voilà, je ne vais pas revenir dessus » répond laconiquement l'accusé.
La présidente lui répond : « Monsieur Garcia-Cruciani c'est votre procès. J'ai lu le dossier mais pas les jurés et c'est important de vous expliquer ».
Bruno Garcia-Cruciani comprend le message et explique : « Je suis arrivé devant la porte d'entrée, j'ai frappé et Julie m'a ouvert. J'avais l'arme sur moi, je suis rentré et elle a reculé en voyant l'arme. J'ai enclenché le chargeur, j'ai discuté avec elle sur sa relation avec Sébastien, avec les petits. C'était une discussion très rapide. Elle s'est levée, s'est assise, elle est allée dans la chambre, mon silencieux est tombé, elle m'a demandé c'est quoi ça, elle a saisi le canon. Mon arme a tiré, c'est après que j'ai vu le sang. Pour moi, je ne l'avais pas touché. Elle est allée jusqu'à la terrasse, elle est revenue, vers moi et tout a été très vite ».
La présidente interroge : « Pourquoi l'avez vous suivie sur le balcon » ?
- « Je ne sais pas, la panique, elle est partie en courant, je l'ai suivie. Expliquer le pourquoi du comment, je ne sais pas » .
Est ce que aujourd'hui vous arrivez à nous dire combien de fois vous avez tiré ?
- « Je ne sais pas ».
Pourquoi vous n'appelez pas les secours ?
- « Je ne m'explique pas pourquoi j'ai couru derrière, pourquoi j'ai pas appelé les secours. J'ai pensé à mes enfants et je suis vite rentré chez moi ».
Autre moment fort de cette audience lorsque Sébastien, le dernier compagnon de Julie s'est exprimé.
Dans le box l'accusé lui tourne délibérément le dos. Sébastien dira notamment : « Malgré tout ce qui s'est passé, malgré tout ce qu'elle subissait, Julie arrivait à être un rayon de soleil pour tout le monde ».
Lucien Douib craque, Violette son épouse lui prend la main. L'émotion est perceptible dans toute la salle.
Texte Gilbert Guizol. Photos Kevin Guizol / Eyefinity Prod